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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

Bien des pages de son mensuel national «La Raison», bien des bulletins périodiques de ses fédérations départementales auront, au fil des décennies, vu la Libre Pensée - et donc les libres penseurs organisés - rappeler ses origines, ses traditions, son héritage :

 

«Plongeant ses racines dans l'Antiquité, en passant par le Moyen Age (Villon), puis la Renaissance (Rabelais), triomphante dans les Lumières du XVIIIème siècle et la Révolution française, la Libre Pensée fut l'œuvre de tous ceux qui refusèrent les vérités révélées et imposées par les autorités et qui osèrent dire non à l'obscurantisme et à l'oppression»

 

Et plus loin :

 

«Fondée en 1847 par la rencontre des militants conscients du mouvement républicain et ouvrier naissant qui se fixaient pour but la laïcité de l'école et de l'État et la lutte intransigeante contre l'oppression religieuse, la Libre Pensée compta parmi ses membres les plus illustres figures du XIXème siècle et du XXème siècle. »

 

Dans ces conditions, et sur la base de faits historiques établis - notamment la place nodale que joua la Fédération nationale de la Libre Pensée dans la réflexion, l'élaboration, puis l'adoption de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État - on pourrait, à bon droit, s'interroger sur le titre choisi par les organisateurs de ce colloque, les responsables de l'IRELP : «La Libre Pensée au carrefour de son destin dans les années 1980/90.»

 

Un travail patient... et réussi

 

Les habitués des congrès nationaux de la Libre Pensée, les lecteurs attentifs de La Raison, reconnaîtront sans nul doute cette phrase de Robert Treno, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Le Canard Enchaîné, au début des années 1950 : «Il fut un temps où les choses étaient simples, on était de droite avec les patrons et les curés, on était de gauche avec les ouvriers et les laïques... »

 

Et Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée, d'ajouter, en 2000, dans cette préface à la réédition de l'ouvrage consacré au rapport de Marceau Pivert devant le congrès national de la Ligue de l'Enseignement, à Clermont-Ferrand, en 1930 : «L’Église a tiré les leçons, elle est désormais partout. Ses hommes sont dans tous les partis, dans la plupart des syndicats et des organisations laïques.»

 

Exagération militante ?

 

Pour sa part, Henri Tincq, chroniqueur religieux du quotidien Le Monde écrit : «Jusqu'aux années 1970, les militants catholiques ont pris part à un grand nombre de transformations dans la société : syndicalisme étudiant, syndicalisme agricole, associations, CFDT, Parti Socialiste...» (1)

 

Indiscutablement, ce lent et patient travail ne s'est pas fait en un jour. Démarré dès les derniers combats de la Résistance et de l'Occupation, il serpente sur quatre décennies.

 

Qu'on me permette ici une première digression : la nécessité d'étudier -notamment à travers les colonnes de la revue l'Idée Libre - la politique concrète de l'Église romaine nous amènera, ces dernières années, à considérer, faits à l'appui, que cette stratégie fut employée internationalement, quelque soient par ailleurs, au plan plus strictement national, les formes, les rythmes et les délais.

 

L’Église plaça ses hommes.

 

Un lent déclin ?

 

Bien des militants des grandes organisations ouvrières et républicaines de ce pays qui, de tous temps, avaient été les cadres et les vecteurs - «naturels» serait-on tenté de dire - de la Libre Pensée s'essoufflèrent, se retirèrent ou l'évitèrent.

 

La Libre Pensée était alors entrée dans une phase prolongée et, par bien des aspects, espérée comme définitive d'un déclin qui aurait du être irrémédiable.

 

Bien des fédérations départementales ne s'étaient pas relevées de la Deuxième Guerre mondiale (comme, par exemple, la fédération du Cantal), d'autres avaient baissé les bras dans les années qui suivirent immédiatement l'avènement de la Vème République et la loi Debré (ainsi celle de Corrèze).

 

La Libre Pensée ne pouvait être épargnée.

 

En 1973 - à cette époque Le Monde rendait compte des congrès annuels de la Libre Pensée - indique : «Au congrès national que la Libre Pensée tint à Dôle en août .1973, le thème principal traité a été celui de «l'équivoque du catholicisme de gauche» (...)

 

On admet qu'un chrétien véritablement socialiste doit choisir entre l'homme maître de son destin et de l'univers ou l'homme pécheur corrompu. Mais les congressistes ont conclu qu'il ne fallait pas rejeter ces chrétiens progressistes, car, déçus, ils pourraient retomber dans leur «comportement habituel». (2)

 

L'année suivante, les «Assises du Socialisme» consacraient l'entrée en masse des militants d'Action catholique dans ce qui fut le parti de Jaurès, Guesde et Blum.

 

Avec la légendaire prudence épistolaire qui le caractérisa, l'historien catholique René Rémond est amené à écrire dans la première édition de son ouvrage «L'anticléricalisme en France» : «C'est aujourd'hui une opinion assez largement répandue que l'anticléricalisme est en voie de disparition et jette ses derniers feux : à terme il serait condamné.»

 

Ajoutant ; «Si l'anticléricalisme est ainsi moribond, c'est de la mort de son adversaire qu'il agonise.» (3)

 

En 1978, au congrès national de la Libre Pensée qui se tient à Colomiers (Hte-Garonne), c'est à une très faible majorité de deux mandats qu'une résolution sera adoptée en faveur d'un soutien, de facto, à «l'Union de la Gauche» et à son programme commun de gouvernement :

 

«La Libre Pensée doit être partie prenante dans la transformation inéluctable de la société actuelle (...). Le congrès estime que le socialisme que nous concevons ne peut s'envisager qu'avec les libertés et leur extension (...) le respect des droits aux différences. »

 

Beaucoup plus dans la tradition historique, notamment celle des prises de position d'André Lorulot au moment du Front Populaire et de résolutions de congrès comme celui de 1938 à Boulogne-sur-Mer, une résolution sera présentée par Alexandre Hébert, délégué de Loire-Atlantique :

 

«La Libre Pensée est indépendante non seulement des Églises, mais aussi des partis, groupes de partis et des États : les libres penseurs restent individuellement libres de participer par le truchement d'un syndicat ou de tout autre groupe ou organisation au processus de transformation sociale.» (4)

 

Mourir ou résister

 

Dans la revue trimestrielle, l'Idée Libre, Jean-Marc Schiappa, président de l'IRELP, écrit : «La Libre Pensée dans tout ça ? Il serait imbécile de prétendre que la Libre Pensée fut épargnée par ce maelström : des millions de citoyens investissent un président « socialiste» et la plus grande majorité «ouvrière » de ce pays à l'Assemblée qui font l'exact inverse de ce pour quoi ils avaient été élus, très souvent avec l'appui des dirigeants des organisations (de tous ordres) de ces mêmes citoyens. Appartenant au mouvement ouvrier et démocratique (pour parler bref, les radicaux, les francs-maçons et le mouvement ouvrier), la Libre Pensée ne pouvait échapper à ce tumulte.

 

Elle fut sauvée - au moins dans ses principes et dans son existence organisationnelle - pour deux raisons : anticléricale, la Libre Pensée ne pouvait accepter les positions religieuses contre l'école laïque ; étant au confluent des différentes rivières du mouvement ouvrier et démocratique, elle ne pouvait en exclure aucune et elle devait établir un débat démocratique (et passionné !) en son sein.

 

Pour ces raisons, elle fut le lieu où le bilan fut établi, parfois même sans que les protagonistes n'en soient conscients. Le texte du Congrès de 1982 publié par nous

 

est illustratif : on sent en filigrane des questions non réglées, des affirmations discutables, mais l'essentiel n'est pas là : la Libre Pensée ne pouvait pas ne pas marquer son identité.» (5)

 

En effet, c'est encore à Boulogne sur Mer que le congrès national de la Libre Pensée de 1982 est amené à adopter une motion laïque, et une motion dite «Labrusse-Labrégère», du nom de deux de ses dirigeants historiques qui refusèrent de sacrifier la «vieille maison» sur l'autel d'un aggiornamento dont on verra rapidement quels étaient les commanditaires :

 

«La Libre Pensée estime que la notion de gestion tripartite - qui peut permettre

l'introduction d'un équivoque pluralisme au sein de l'enseignement public - doit

être revue à la lumière des prises de position du SNI ainsi que de l'expérience des

faits depuis la résolution du CNAL de 1972.

Cette résolution doit se faire dans le souci de préserver l'unité intégrale des

structures de l'enseignement public, les principes laïques de l'éducation et

d'éviter "l'atomisation" de l'enseignement sous couvert des mesures de

décentralisation régionale.

La Libre Pensée se prononce pour la nécessaire unité des parents et des

enseignants dans le combat pour la défense de l'École laïque. »

 

En quelque sorte, ces documents font suite à l'Appel aux laïques, lancé dès 1980 par un groupe de militants laïques de toutes tendances, militants syndicaux et politiques, dirigeants de la Libre Pensée, qui entendent résister aux mânes de ce qui ne va pas tarder à s'appeler la «laïcité ouverte».

 

Notons ici la méthode dégagée qui part d'un considérant : le CNAL ne jouant pas le rôle dont des millions de laïques et des dizaines d'organisations l'ont investi, il serait illusoire de penser que des organisations entières vont s'en dégager au premier mouvement.

 

Par contre, c'est partant du principe qu'au sein des organisations traditionnelles du mouvement laïque (syndicats, associations voire partis) des milliers de militants et de responsables sont prêts à défendre la laïcité institutionnelle que la forme d'un appel de citoyens permet à tous de s'engager sans entrer en contradiction immédiate avec les organisations dont ils sont membres, pour la plupart corsetées par l'hydre pro-clérical de la "laïcité ouverte».

 

Cet appel débouchera notamment sur le rassemblement de 10.000 laïques à la porte de Pantin le 31 janvier 1982, et dont le n°529 de La Raison a, en mars 2008, rappelé toute l'importance à l'occasion du décès de l'un ses initiateurs : Pierre Lambert. (6)

 

Le 19 Mars 1984 : la Libre Pensée s'adresse au CNAL, aux organisations laïques, syndicales et politiques.

 

Cette lettre marque, de fait, la rupture de la Libre Pensée avec le gouvernement, ses soutiens et ses relais.

 

Ceux-ci cherchèrent, en retour, de toutes les manières à déstabiliser la Libre Pensée  :

 

La Libre Pensée reprend force et vigueur

 

Dès lors, patiemment, non sans incompréhensions, amères désillusions pour certains, voire soubresauts et spasmes, la Libre Pensée va reprendre corps.

 

C'est dans la décennie 1985-1995 que bien des fédérations départementales et groupements affiliés vont se reconstituer, voire se constituer, d'autres en sommeil vont reprendre le chemin du travail, renouant ainsi des fils distendus depuis des décennies par l'action concertée des cléricaux, sous quelque forme apparente que ce soit.

 

Et l'on va voir refleurir dans les départements les banquets gras du vendredi dit «saint», symboliques du combat contre les interdits.

 

Et l'on va reprendre pleinement le flambeau du pacifisme internationaliste à partir du premier rassemblement devant le monument aux morts de Gentioux (Creuse), le 11 novembre 1988, à l'heureuse et conjointe initiative des fédérations LP de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute Vienne, qui viennent de se reconstituer en 1987 pour les deux premières citées.

 

C'est aussi, à l'occasion du centenaire en 1991 de l'encyclique papale «Rerum Novarum», matrice de la Doctrine Sociale de l’Église, que la fédération nationale de la Libre Pensée va entreprendre, de ses congrès nationaux de Parthenay (1990) à Mâcon (1991), le réarmement nécessaire sur cette question vitale pour la démocratie politique.

 

Aussi, la fédération nationale va, dans le droit fil du regretté Jean Cottereau et de sa brochure de référence de 1946, «L’Église a t'elle collaboré ?», renouer avec une dénonciation argumentée et étayée de la politique de l’Épiscopat sous le régime corporatiste du Maréchal en organisant, le 20 juin 1992, le procès symbolique «des Évêques sous Vichy» dont Libération rendra compte en ces termes : "La fédération de la Libre Pensée et ses 10.000 adhérents se réclament d'une longue tradition anticléricale et laïque, dans la ligne des Communards ou d'Aristide Briand.» (8)

 

Avec le recul, on peut estimer que l'excellente couverture de presse allouée à cette première initiative nationale en salle depuis fort longtemps fut le point de départ d'un retour - certes encore timide - de la Libre Pensée dans la presse écrite notamment.

 

On ne peut clore cette période sans dire un mot du meeting que la Libre Pensée co-organisa, avec la Fédération des Cercles de Défense Laïque, le 13 septembre 1992 «face à l'Europe de Maastricht qu'elles condamnent» remettant pleinement à l'ordre du jour le refus transmis par nos prédécesseurs (A.Lorulot, R.Labrusse, J.Cottereau, R.Labrégère) d'une Europe Vaticane.

 

La honteuse signature d'accords, dits Lang-Cloupet, du nom du secrétaire général de l'Enseignement catholique pour le dernier, dégagea de nouvelles perspectives sur l'orientation de «la reconstruction du mouvement laïque».

 

« Le contenu du projet de loi, relatif aux rapports de l’État et de l'enseignement

privé dont l'Assemblée nationale aura à débattre, est connu dans ses grandes

lignes.

Il consacre, non une capitulation devant les ultimatums successifs de la hiérarchie

catholique et des dirigeants de cet enseignement appuyés par toute la droite, mais

une trahison délibérée des impératifs les plus élémentaires, susceptibles de

préserver les valeurs laïques et un reniement spectaculaire des engagements pris

en 1981. (...)

Aussi avons-nous saisi le CNAL pour lui demander de reprendre d'urgence le projet

de rassemblement tel qu'il avait été conçu pour le 19 mars - et pour que ce rassemblement se tienne avant l'ouverture du débat parlementaire.

Ceux qui s'en excluront prendront leurs responsabilités devant l'opinion et devant

l'Histoire...

Nous vous lançons donc un appel pour que votre organisation appuie cette

démarche ou la présente également au CNAL en son nom propre.

Il ne s'agit pas de se poser en «intégriste de la laïcité» mais de tenter de préserver

une essentielle valeur républicaine dont tous les aspects sont bafoués.

En espérant que notre appel sera entendu et que nous pourrons nous retrouver à

un prochain rassemblement pour le salut de la laïcité, nous vous prions de croire,

Monsieur, en nos sentiments les meilleurs.

 

Le directeur de La Raison, responsable des questions laïques Roger Labrusse Le secrétaire général Joseph Berny Le Président René Labrégére (7)

 

Quelques mois plus tard, en août 1984, le congrès national de la Libre Pensée, réuni à Chauny (Aisne) tire plus complétement encore les leçons d'une période dans un texte réalisé et adopté sous forme d'un «Appel aux citoyens» qui marquera durablement la réflexion et l'élaboration de la Fédération Nationale :

 

«La Libre Pensée a toujours affirmé qu'il n'y a pas de compromis possible entre les Églises et l’État : l'actualité le confirme.

 

(...) Mais la réaction cléricale a tiré les leçons de la défaite de 1905. S'infiltrant dans tous les rouages de l'État et dans tous les groupements, partis et associations, elle entend imposer sous couvert de modernisme ces conceptions moyenâgeuses (...)

 

- contre la République, une et indivisible, fondée sur la démocratie

représentative, elle exige la «décentralisation» de l'État fondée sur la

« démocratie» participative. (...) ' «L'appel aux citoyens» se concluant par une invitation à «se rassembler autour de la Libre Pensée, à agir pour organiser la résistance et défendre la République une, indivisible et laïque.»

 

A son congrès national de juillet 2002, à Allonnes (Sarthe), la Libre Pensée ouvrira son «Adresse à tous les Hommes de progrès» par ces mots : «En lançant à son congrès de Chauny en 1984, «l'appel aux citoyens» à s'unir pour «défendre la République une, indivisible et laïque», largement diffusé à tout le mouvement ouvrier, la Libre Pensée française a repris le flambeau transmis, génération après génération».

 

Une combinaison d'appels et d'initiatives - notamment le meeting de Clermont-Ferrand, en juin 1995, «contre le financement sur fonds publics de la commémoration de la première Croisade» - déboucha sur la manifestation nationale du 9 décembre 1995, alors que la France est en pleine grève générale contre le plan Juppé de démantèlement de la Sécurité Sociale, chargée de célébrer le 90eme anniversaire de la loi de séparation de 1905.

 

Quelques mois après un congrès difficile, tenu à Lézignan (Aude), où la grande sagesse de notre très cher René Labrégère pesa de tout son poids et de toute son incontestable autorité, aux cotés du regretté Henri Guille, pour préserver la «vieille maison».

 

Faisant ainsi écho à la solennelle et émouvante intervention du délégué de la fédération du Rhône, le camarade Paul.Duthel, ancien membre du bureau national du Syndicat National des Instituteurs, libre penseur depuis 1949, qui déclarait : «La Libre Pensée a aujourd'hui une portée et une signification qui dépassent de beaucoup la conscience que nous en avons les uns et les autres».

 

Dans la revue jésuite Études, sous le titre «L'anticléricalisme, une idéologie périmée ?», René Rémond, fut amené à reconsidérer en quelque sorte son pronostic de 1976, présenté plus haut.

 

Après avoir évoqué la manifestation du 16 janvier 1994 «à laquelle s'associèrent de façon insolite les francs maçons défilant avec leurs insignes» et où «on eut la surprise de voir repris, de très anciens mots d'ordre qu'on croyait périmés depuis longtemps et qui attestaient la force des préjugés et la rémanence d'un vieux fond de hargne et d'hostilité à l’Église et à ses prêtres.»

 

il poursuivait ainsi : «la seconde manifestation plus récente et d'ampleur moindre n'en est pas moins significative : le 9 décembre 1995, pour le 90ème anniversaire du vote de la loi de séparation des Églises et de l’État, quelque dix mille libres penseurs, accourus de la France entière, à l'appel du Centre laïque d'information et de liaison, soutenu par la Libre Pensée, défilèrent du métro Sèvres-Babylone jusqu'à l'assemblée nationale pour exiger le retour d'une stricte application de la loi dont ils estimaient qu'elle avaient été trahie. Les mots d'ordre reprenaient des articles du programme énoncé soixante-dix ans plus tôt par le Cartel des gauches : abrogation du Concordat en Alsace-Moselle, ainsi que de toutes les lois réputées contraires à la laïcité, notamment celles concernant l'aide publique à l'école privée.» (9)

 

Malgré la fraternelle insistance de camarades comme Paul Duthel, Joachim Salamero ou Christian Eyschen, il fallut quelques années pour que l'association assimile pleinement ce que l'historien catholique avait diagnostiqué, non sans une certaine forme de respect : la Fédération nationale de la Libre Pensée avait survécu.

 

Sa tâche n'étant pas achevée, elle poursuivait son combat.

 

La fédération nationale de la Libre Pensée a repris son chemin, et tout naturellement, parce que viscéralement attachée à l'universalisme et à l'internationalisme, elle a cherché à renouer les fils d'une véritable Union internationale des combattants de la pleine liberté de conscience et de la libre pensée.

 

A partir du meeting d'août 1997, «pour la laïcité en Europe» et de la fraternelle proposition de Babu Gogineni, alors directeur exécutif de l'IHEU, elle a mené une discussion interne pour rejoindre celle-ci. Ce qui fut fait.

 

Permettez-moi de conclure en rappelant que si nous avons déplacé «le curseur vers les pays anglo-saxons», pour reprendre la formule du délégué de la Loire-Atlantique au congrès de Givors en 2001, c'était, à la fois, une impérieuse nécessité et un retour aux sources mêmes de la Libre Pensée.

 

Renouer nos liens étroits et fraternels avec la National Secular Society de Grande-Bretagne, l'une dés plus vieilles organisations de libre pensée du Vieux Continent, c'était retrouver la voie de Charles Bradlaugh, le député sans dieu de Northampton, qui croisa les pas de nos aines, les Ferdinand Buisson, Aristide Briand et Frédéric Desmons.

 

Le 4 juin 2008, à Washington D.C., sur la terre des Jefferson, Madison et Lincoln, en réunissant le Comité International de Liaison des Athées et des Libres Penseurs (CILALP) que nous avons fondé à Paris le 4 juillet 2005, nous franchirons une nouvelle étape.

 

Philippe Besson

 

  1.     Le Monde du 31 mars 1988.
  2.     Le Monde du 28 août 1973.
  3.     René Rémond, «L'anticléricalisme en France», Fayard, Paris 1976.
  4.     l'Idée Libre n"\2-\, mai-juin 1979.
  5.     l'Idée Libre, n°280, mars 2008.
  6.     Cf. La Raison, n°529, mars 2008.
  7.     La Raison, avril 1984.
  8.     Libération, du 22 juin 1992.
  9.     Études, t.384, n°6, juin 1996. (réédité dans le recueil René Rémond, "Vous avez dit catholique ?» aux éditions Desclée de Brouwer, Paris, 2007).

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