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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

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Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

Par Henri Pena Ruiz

auteur du Dictionnaire amoureux de la laïcité (Plon)

Après la décapitation de Samuel Paty, une douleur sans fond semble rendre les mots dérisoires. La conscience chavire et l'on voudrait garder le silence, se recueillir longuement en mémoire d'un homme de conviction qui donnait le meilleur de lui-même à ses élèves. Mais on ne peut se taire devant l'infamie d'un acte barbare qui s'en prend à l'humanité de l'homme, à l'école, à la République. Et il faut bien s'interroger sur les causes qui ont favorisé cet acte, à défaut de l'avoir produit directement.

La première de ces causes, c'est l'abandon graduel de la lutte culturelle contre le détournement de sens imposé par les Frères musulmans, qui ont voulu appeler islamophobie le racisme qui s'en prend aux personnes. Ce n'est pourtant pas le vrai sens du terme, qui veut dire la peur et le rejet de la seule religion musulmane. Cet abandon est une lâcheté aux lourdes conséquences, dont entre autres la violence mortifère présentée indûment comme une résistance légitime. La deuxième cause, c'est le rôle néfaste de certains parents d'élève, pour l'instant minoritaires, qui au nom de leurs traditions refusent à l'école laïque son rôle émancipateur. Ce faisant ils nuisent à leurs propres enfants, en leur refusant une deuxième vie, celle qu'apporte l'école publique et laïque en en faisant des élèves, des êtres qui s'élèvent. A quoi? A l'autonomie de jugement et à la culture qui lui fournit ses repères. La troisième cause, c'est une lâcheté d'un autre type: celle d'une hiérarchie administrative obsédée par le souci de "ne pas faire de vagues", qui en vient à désarmer la volonté d'émanciper des enseignants. Enseigner, ce n'est pas seulement exercer un métier, mais c'est aussi et surtout remplir une fonction essentielle pour la République. Celle de lui donner des citoyens incommodes qui ne s'en laisseront pas compter et useront de leur autonomie de jugement dans les trois grands registres de leur vie: êtres humains, citoyens, travailleurs. Cela implique de cultiver l'exigence d'une instruction qui ne transige pas avec la recherche du vrai et du juste, à rebours des préjugés. Samuel Paty a été victime d'une cabale monstrueuse, sciemment menée, parce qu'il faisait ce que tout enseignant fait: faire réfléchir, donner des repères, permettre à ses élèves d'éveiller en eux la volonté de comprendre et de savoir.

Dans la lutte idéologique, il y a un principe de responsabilité qui est aussi un principe de précaution. Il s'agit de ne donner aucun prétexte à l'intolérance en acte, ni à la violence de ceux qui entendent imposer des normes religieuses et interdire tout esprit critique. Ceux qui ont accepté la notion perverse d'islamophobie se sont soumis à la volonté de faire du respect dû aux personnes un respect dû à leur religion. Ils ont a du même coup mis en danger la liberté de critique, et la liberté d'expression. Les mots ont pourtant un sens précis. On ne peut confondre la peur inspirée par une religion, assortie de son rejet, avec le rejet des personnes qui se reconnaissent en elle. D'autant qu'il est possible de parler clair pour lutter efficacement contre le racisme. Suivons sur ce point le conseil du regretté Charb. Utilisons des notions dépourvues de toute ambiguïté comme celle de musulmanophobie ou d'arabophobie, qui désignent le rejet des personnes comme telles et non celui des seules religions. Il en irait de même pour distinguer la judaismophobie, rejet de la religion propre à certains juifs, et la judéophobie, rejet raciste des personnes juives. Qui peut prétendre que le rejet de la doctrine religieuse du peuple élu et de la terre promise est un antisémitisme, une judéophobie? A ce compte-là, Spinoza serait raciste, puisque qu'il récuse ces thèmes dans son Traité théologico-politique. Le 21 novembre 2015, Jean Luc Mélenchon mettait les choses au point: "Je conteste le terme d'islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l'islam comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme". Donc si l'on veut combattre les racismes et manifester contre eux efficacement, il convient de le faire sans brouiller les choses en acceptant un terme trompeur. Défilons contre tout racisme anti-musulman, anti-arabe ou antisémite, et non contre l'islamophobie, comme ce fut le cas le 10 novembre 2019. Le fait que de vrais racistes se proclament islamophobes n'autorise pas l'amalgame. Rappelons qu'Eichmann, tortionnaire du peuple juif, se déclarait kantien. Rendra-t-on Kant responsable de la Shoah?

Par ailleurs quelle idée d'un être humain défend-on dès lors qu'on l'estime incapable de se distinguer de sa croyance? Dénonçant le fanatisme à l'époque des guerres de religion entre catholiques et protestants, Montaigne précise qu'il ne faut pas confondre "la peau et la chemise". Dans son sillage, après le supplice infligé à Jean Calas au nom du catholicisme, Voltaire condamne le fanatisme religieux en termes très actuels : "Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? (1764 Dictionnaire philosophique portatif, article fanatisme). Le premier juillet 1766 le Chevalier de La Barre, âgé de 20 ans, accusé à tort d'avoir dégradé un crucifix, est torturé puis décapité d'un coup de sabre. Son corps est jeté au bûcher, un exemplaire du Dictionnaire philosophique cloué sur le torse. En 1769, Voltaire ajoute à ce dictionnaire un article "torture" qui comporte un récit du supplice infligé au jeune chevalier. La lutte contre le fanatisme religieux avait conduit Voltaire, dans une lettre à D'Alembert du 28 novembre 1762, à écrire: "Quoi que vous fassiez. écrasez l'infâme et aimez qui vous aime". Ces rappels nous apprennent qu'en France l'émancipation laïque a été une longue et douloureuse conquête, dans le sang et les larmes, et non pas un particularisme culturel spontané. Aujourd'hui, la République laïque entend faire que cette émancipation profite à toutes et à tous, et c'est bien le sens de son école, véritable institution organique de la République. Il s'agit de faire vivre ensemble des populations aux traditions et aux convictions diverses, sur la base de droits humains que la Révolution Française a promus pour fonder l'ordre public. La France n'est plus la fille ainée de l'Eglise, mais les chrétiens y sont pleinement libres de pratiquer leur culte, comme les autres religions. Une seule condition: respecter la loi commune.

Samuel Paty enseignait la liberté à ses élèves, en leur permettant d'en éprouver la réalité en acte, celle de penser, d'analyser, d'assujettir tout jugement à la démarche réflexive qui peut le fonder solidement. Il le faisait avec rigueur et tact, dans le strict respect des jeunes personnes qu'il incitait à faire usage de leur jugement, à distance de tout préjugé. Tous les parents d'élèves doivent admettre cette mission majeure de l'école laïque, ce qui ne veut pas dire hostile à la religion, mais indépendante d'elle. C'est la grandeur et l'honneur de l'Ecole laïque républicaine que Samuel Paty incarnait. Prendre l'exemple du dessin qui caricature pour mettre sous les yeux une idée, à cet égard, n'a rien d'insultant pour les personnes, puisque celles-ci sont alors encouragées à examiner, à réfléchir, prenant ainsi conscience d'une faculté de mise à distance. Certes un tel travail atteste une exigence à cultiver. S'agit-il pour autant de prendre à contrepied l'héritage familial? Non. Il s'agit de faire advenir une autre façon d'appréhender le monde, en faisant droit à la raison. Qu'est-ce que l'école? "C'est le lieu où l'on apprend ce que l'on ignore pour pouvoir le moment venu se passer de maître" (Jacques Muglioni, dans "L'Ecole ou le loisir de penser", Editions Minerve). L'instruction est bien fondement d'éducation à la liberté dès lors qu'elle fait le vœu cher à Condorcet de "rendre la raison populaire".

Le rôle de l'administration de l'éducation nationale devrait être de soutenir cette ambition d'émancipation, au lieu de la désavouer quand des parents d'élèves protestent. Ayons l'école au cœur, et soyons fiers de participer au grand partage de la culture, à rebours des obscurantismes rageurs. Le fascisme islamiste s'en prend aujourd'hui à toute la République en profitant de complaisances aussi aveugles qu'irresponsables. Samuel Paty mérite l'hommage de toute la nation, et les caricatures de Charlie, présentes dans toutes les classes dès la rentrée prochaine, doivent témoigner de notre détermination à ne rien céder aux terroristes. Voltaire, encore lui, nous avertit: "Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés ; le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre. » (Avis au public.)

 

Cet article nous a été communiqué par nos amis de l'association :

"Les Amis de la Liberté"     "Sapere Aude"

Association culturelle loi de 1901- 2 place St  Roch 06300 Nice
Objet de l'association (extrait) : "Développer hors de tous préjugés d'ordre social, ethnique ou religieux, et dans le seul engagement de la raison et de l'honneur, une citoyenneté dévouée au bien public, à la laïcité dans la République et animée de sentiments de fraternité, de solidarité et de respect de tou(te)s et de chacun(e)".

Notre courriel : amisdelaliberte@free.fr

Visitez notre site  : http://amisdelaliberte.fr

L'école au coeur: hommage à Samuel Paty

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