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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06
Euro 2016 : Qui va gagner ? Qui va payer ?

(Source INFORMATION OUVRIERE N°405)

La grande foire médiatique d'un spectacle sportif ultra-sponsorisé vient de commencer. Pendant un mois, les chaînes de télévision et de radio, les journaux, les spots publicitaires, les grandes surfaces, les marques de maillots, de godasses et même de slips (1), de sodas, de bières et de hamburgers, des banques, et même une société pétrolière d'Azerbaïdjan, vont envahir le pays. Que la fête commence ! Mais quelle fête, et pour qui?

Par Michel Landron

 

L' Euro 2016 coûtera au total plus de deux milliards d'euros. Il a fallu construire des stades (Bordeaux, Lille, Lyon, Nice) ou les rénover  (Marseille, Lens, Saint-Etienne, Toulouse), créer ou améliorer les accès et les transports. L'État n'a investi que 152 millions et l'Union européenne des associations de football (UEFA), 20 millions d'euros. Il faudra des années aux clubs et aux villes pour éponger la facture qui va leur incomber : 184 millions à Bordeaux pour cinq matchs, 204 millions à Nice pour quatre matchs, 324 millions pour six matchs à Lille ! La pire situation est certainement celle réservée à Lens, qui doit trouver 70 millions pour quatre matchs seulement, dans une ville ouvrière où le taux de chômage est de 27 % et dont le club, descendu en deuxième division dans des circonstances plus que douteuses, se débat dans d'énormes difficultés financières. Metz, Nancy, Nantes et même Strasbourg ont dû renoncer ; les investisseurs privés étaient trop gourmands et les finances municipales et régionales ne pouvaient suivre sans scandale financier et politique.

Les maires des villes concernées, de droite comme de gauche, ont dû rivaliser pour fournir les meilleures conditions de rentabilité aux grandes sociétés multinationales « partenaires » (Vinci, Fayat, Eiffage, Allianz, Matmut...).Avec les différents montages financiers mis en place, les citoyens vont payer, les barons du BTP et les banques encaisser... et les plaintes contre les élus se multiplient (notre encadré). Là est la réponse aux deux questions de notre titre. Quand le foot est rentable pour le capital, il devient hors de prix !

La France, "un paradis fiscal" offert par le gouvernement Hollande-Valls à Coca-Cola, MacDonald's, Vinci et consorts.

Toute honte bue, le gouvernement Hollande-Valls a garanti l'exonération fiscale promise à l'UEFA par le gouvernement Sarkozy-Woerth en 2010 pour obtenir l'organisation de l'Euro 2016 (2), un cadeau de plus de 200 millions d'euros, faisant de la France un véritable paradis fiscal pour les investisseurs ! En revanche, les spectateurs et les consommateurs dans les boutiques de l'Euro paieront, eux, la TVA et des billets à des prix allant de 25 à 985 euros, selon la place et le match. « Dans un contexte de concurrence très vive entre les nations, la France doit se doter des meilleurs atouts pour obtenir l'organisation de ces grands événements », proclame Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Il avoue que l'Union européenne est bien un champ de bataille financier sans pitié, où Coca-Cola et McDonald's décident qui organisera les compétitions sportives. Dans le même temps, le même Kanner met en œuvre la réforme des collectivités territoriales, avec ses treize milliards de réduction des dotations et des subventions de l'État, qui commence déjà à transformer de nombreuses collectivités locales en déserts sportifs, et aussi culturels d'ailleurs (3). Combien de stades et de gymnases dans nos villes et nos villages ne pourront plus être ni construits ni entretenus et combien de villes supporteront la dépense du transport collectif en car pour emmener les enfants et les jeunes aux matchs ? Combien de clubs sont appelés à survivre à cette asphyxie ?

Peu importe pour ce gouvernement, pour qui la santé des entreprises du CAC 40 à la Bourse est plus importante que les droits de nos jeunes à pratiquer gratuitement le sport de leur choix ! Mais où vont les recettes ? Environ 2 milliards d'euros sont attendus : 1 milliard de droits de télévision, 400 millions du sponsoring, 250 millions de la billetterie, 250 millions des « hospitalités » (loges de luxe pour les entreprises et les personnalités). Et ces recettes vont... à l'UEFA, qui espère 900 millions de bénéfice net, exonérés d'impôts et de taxes, comme nous venons de le voir !

D'aucuns nous parlent d'une aubaine pour la croissance et l'emploi ? Qu'en est-il ? Les organisateurs promettent la création de 26 000 emplois. Ils précisent néanmoins qu'il s'agit de 26 000 équivalents temps plein pour deux mois maximum, et évidemment pas en contrat à durée indéterminée (CDI). Et quand la compétition sera terminée, que deviendront-ils, au moment où les collectivités territoriales asphyxiées, avec les nouvelles intercommunalités et les métropoles, s'interrogeront pour savoir s'il est raisonnable de garder des terrains de football dans toutes les communes ?

Quant à l'après-Euro... Il suffit d'interroger les Portugais sur ce qui s'est passé quand leur pays a accueilli l'Euro 2004. Le Portugal avait investi 600 millions d'euros pour dix stades. Le coût de leur maintenance est si lourd qu'il est question d'en raser plusieurs. En Grèce, la quasi-totalité des installations olympiques sont laissées à l'abandon. N'oublions pas que le sport en France est organisé par les fédérations sportives et les clubs affiliés sur la base de la loi de 1901 sur la liberté d'association « à but non lucratif».

Les dignitaires de la réactionnaire Ligue de football professionnel et ses mentors – comme Jean-Michel Aulas (président de l'Olympique lyonnais) et les nouveaux présidents milliardaires qataris ou russes, devant lesquels les gouvernements de droite comme de gauche se prosternent pour satisfaire

leurs exigences financières – le savent très bien.

Ils revendiquent carrément que les droits de télévision ne puissent plus bénéficier qu'à eux seuls, selon leur classement, et ne reviennent plus aux clubs amateurs, avec leurs deux millions de licenciés poussins, benjamins, minimes, cadets, juniors, seniors et vétérans !

«Le football aux footballeurs », revendiquaient à l'inverse ceux qui occupaient le siège de la Fédération française de football en mai-juin 1968, en pleine grève générale contre le pouvoir gaulliste, qui voulait faire du ministère de la Jeunesse et des Sports le ministère... des « sponsors ».

C'était hier, c'est demain. L'histoire n'est pas finie. 

 

  1. Un clip avec un slip tricolore réalisé par la marque Le Slip français a été réalisé. Le Crédit agricole, par un jeu concours l'offre sur ses réseaux sociaux à 150 exem­plaires.
  2. Le gouvernement Hollande-Valls l'a fait, discrètement, dans le cadre de la loi de finances rectificative de 2014.
  3. Il est de bon ton de dénoncer les salaires exorbitants de certains footballeurs professionnels qui profitent de la concurrence acharnée entre les clubs et les pays pour s'arracher les talents. Il est moins fréquent de révéler que la moitié des 450 sportifs français qui vont participer aux Jeux olympiques de Rio vivent avec moins de 500 euros par mois. Ils font partie des 8,6 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Ni l'Etat ni les fédéra­tions sportives ne les rémunèrent. La plupart ne sont même pas couverts en cas d'accident. Ils font vivre le sport de compétition, mais ils doivent mendier pour vivre.

      

Razzias financières sur les finances publiques locales

 

Les collectivités territoriales n'ont pas les moyens de financer les projets pharaoniques dans lesquels se lancent des édiles pour épater la galerie, en croyant que la réussite sportive va assurer leur réélection. La ville du Mans, le conseil général de la Sarthe et la région des Pays de la Loire ont apporté 49 millions de fonds publics sur les 104 millions qu'a coûtés la construction du nouveau stade. Vinci, le géant du BTP, apportera le reste en contrepartie d'une concession de trente cinq ans. Il mettra le nom (naming) du stade aux enchères, remportées par le groupe d'assurances MMA (ex-Mutuelles du Mans). Pour trois millions d'euros et une contribution d'un million par an pendant dix ans, le groupe a donné son nom au stade (MMA Arena). Les Manceaux et les citoyens de l'Ouest vont payer à Vinci durant trente ans encore le désastre sportif du club professionnel du Mans ! A Bordeaux, pour assurer sa place de grande métropole européenne, la ville de « Monsieur Juppé » a fait construire par les groupes Vinci et Fayat le Stade Matmut Atlantique. Vinci obtient également la concession pour la ligne TGV à grande vitesse qui doit mettre la ville à deux heures de Paris. Le Conseil d'État vient d'annuler la délibération du conseil municipal du 24 octobre 2011. L'ardoise prévue est de 3,6 millions par an pour la ville. Elle serait en réalité supérieure à 6,7 millions. Si le partenariat public-privé était invalidé, le groupe Vinci pourrait exiger 150 millions de dommages et intérêts. Alain Juppé préside en outre la structure gérant les aménagements nécessaires pour accueillir l'Euro 2016 en France. Le club de Lyon, coté en Bourse, a bénéficié du soutien du maire de Lyon pour financer un nouveau stade à Dessines, que la métropole paiera pendant des années. Le dossier du stade de Lille (324 millions d'euros !) est également entre les mains de la justice, après des perquisitions chez Eiffage et au sein de la communauté urbaine de Lille.

Voilà l'avenir réservé aux compétitions sportives par des gouvernements au service du capital financier ! N'est-ce pas le fond de la question ?  M. L.