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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Communiqués nationaux
 

La Fédération nationale de la Libre Pensée ne s’est pas précipitée pour commenter l’élection du successeur de Benoît XVI. D’abord parce que l’élection du pape est l’affaire des catholiques, en tout cas, du clergé, c’est-à-dire de l’appareil de la religion catholique. Tout le monde n’a pas eu cette prudence.

Puis, il fallait voir comment les choses allaient se décanter. Ce fut une belle opération de communication, nom moderne de la propagande. On fit de la démission de Benoît XVI l’affaire du millénaire, alors qu’il y avait eu des précédents. Les cathos de gauche s’émurent de ce « tournant historique » qui devrait changer le cours de l’Eglise. Comme d’habitude, ils ne vont pas être déçus.

Cette décision, assez rare, n’est visiblement pas que le seul produit de l’affaiblissement personnel de Joseph Ratzinger. Il y a une véritable crise ad intra et ad extra dans La Curie romaine. Il fallait donc faire un coup médiatique pour parer au plus pressé et remettre l’Eglise en ordre de marche. Le pape en exercice n’en n’avait ni la force, ni sans doute l’envie. On peut le comprendre.

Il y a fort à parier que cette démission ne fera pas jurisprudence. Pour l’Eglise, le pape n’est pas un homme comme les autres. S’il se met à démissionner comme le moindre PDG d’une société, le caractère sacré de la fonction n’existe plus. Or, c’est sur le caractère sacré et hors norme du clergé, le pape en tête, qu’est fondée la force du catholicisme. Si l’habitude se prenait de donner son congé à sa convenance personnelle, cela ravalerait le catholicisme à n’être qu’une variante du protestantisme. Et c’est ce que veut éviter à tout prix le Vatican.

La mousse, mais pas le champagne

Les commentaires se sont déversés dans les bénitiers. Etait-il un pape progressiste ou un prélat réactionnaire ? Est-il un suppôt des dictatures ou un démocrate ? Et certains ont glosés à l’infini sur son passé de complaisance, pour le moins, avec la dictature argentine. D’autres ont cherché à le nier.

Les mêmes « naïfs » qui s’étonnent que l’enseignement catholique montre son caractère catholique à propos de la question du mariage pour tous en France, ont voulu nous bercer de la vieille chanson mystificatrice sur la possibilité qu’un pape ne soit pas réactionnaire, ni complice des totalitarismes. Si le pape n’était pas un adversaire de la démocratie, il ne serait pas pape, parce qu’il ne remplirait pas le cahier des charges.

Un rappel nécessaire

En fonction du nombre de cardinaux par pays et par continent, les pronostics sur le pape noir, latino, asiatique ont ressemblé aux paris des bookmakers. Mais ce n’est pas le pape qu’on élit, ni le chef des catholiques, c’est l’Evêque de Rome. Cette élection pour Rome est la dernière survivance existante des premiers siècles du christianisme. Ce sont donc les curés de Rome qui élisent l’Evêque. Ensuite, c’est parce que l’Evêque de Rome a la primauté sur tous les autres qu’il est « pape ». C’est toute la question qui est en débat avec les autres Églises chrétiennes.

Chaque cardinal est de facto et de jure curé titulaire d’une paroisse de Rome, même s’il n’y officie que rarement. C’est ce qui explique le nombre des cardinaux italiens (27 sur 113, soit 24% des électeurs). Il y a 59 européens ((52%), 14 d’Amérique du Nord, 17 d’Amérique latine, 11 d’Asie, 11 d’Afrique et 1 d’Océanie.

Le nombre de cardinaux (curés de Rome) n’a donc strictement rien à voir avec le nombre de catholiques à travers le monde. Il en est même, en quelque sorte, le produit inverse. Vouloir expliquer le choix du pape à travers le critère de la représentation catholique sur chaque continent est un appeau pour la chasse aux canards.

De qui Bergoglio était-il le candidat ?

Il est d’origine italienne, ce qui n’est pas rien dans l’affaire, et il est argentin. L’Argentine est sans doute le pays le plus européen du continent latino-américain. Le pape « des pauvres et des latinos » est donc une vaste fumisterie pour tromper les gogos. Mais il a fallu faire un peu de communication et de théâtre pour amuser le bon peuple. Rendez-vous compte : il a payé lui-même sa chambre d’hôtel ! Une révolution, vous dis-je !

Avec le recul nécessaire, il apparaît clairement que la rapidité du scrutin pour élire le pape François fait qu’il était le candidat du clergé italien. La ruse a consisté qu’il ne soit pas directement d’Italie. Si le Conclave a si rapidement conclu, c’est que le souhait partagé était de refermer au plus vite l’épisode des papes non italiens. Rome revient à Rome.

Les choix de Karol Wojtyla et de Joseph Ratzinger étaient de circonstance. Ils étaient les plus adaptés à la fonction au moment précis. Le choix de Jean-Paul II n’a pas eu pour effet la disparition de l’URSS, mais il a accompagné cette chute. L’expérience bimillénaire du Vatican lui a permis, sans aucun doute, d’anticiper cet effondrement. La chute du Mur de Berlin a sonné le glas de l’œcuménisme, il fallait donc des papes de cette envergure pour aller à l’assaut des « territoires » religieux libres. C’est plutôt la disparition de l’URSS qui a été la cause programmée de l’élection du pape polonais, puis de l’Allemand pour gérer la fin de l’épisode.

La brutalité de Ratzinger que l’on oppose faussement à la diplomatie de Wojtyla ne peut s’expliquer que par l’échec de cette reconquête religieuse. Il fallait passer d’une offensive tout azimut à une bataille d’arrière-garde pour préserver l’espace conquis. En se recentrant sur l’Italie, l’Eglise montre qu’il va lui falloir remettre de l’ordre en son sein pour mieux raidir et renforcer son appareil pour la période qui vient.

Pour faire bonne mesure, et rassurer les cardinaux, le pape François a introduit une légère dose de collégialité en désignant un collège de huit cardinaux de différents continents pour le conseiller. Cela ne durera que le temps des promesses électorales. La dureté de la situation balaiera tout cela et nécessitera une direction encore plus centralisée. Là aussi, les partisans de la démocratie dans l’Eglise en seront, une nouvelle fois, pour leurs frais.

Un véritable changement

Il est vraisemblable que l’opération de séduction pour la rentrée des lefebvristes au sein du giron romain est terminée. Prunelle des yeux de Ratzinger, ce retour a été un échec complet. Ce sont les traditionnalistes qui ont mené le bal. L’élection de François a sifflé la fin de la partie. Le clergé était profondément réfractaire à cette opération. Elle y voyait un empiétement sur ses prérogatives.

S’il y a un changement réel, c’est bien l’élection d’un dignitaire jésuite au trône de saint-Pierre. La volonté de Jean-Paul II et de Benoît XVI, de faire plier les intégristes pour les ramener à Rome, n’était pas sans rapport avec l’influence de l’Opus dei. L’intronisation papale d’un jésuite marque là aussi la fin de la partie et va entraîner une perte d’influence du feu marquis de Balaguer.

Comme les italiens ont toujours eu un certain rôle chez les jésuites, l’Opus dei a un peu de souci à se faire.

Une élection sur fond de crise

Si l’Eglise catholique a toujours soutenu les dictatures et le capitalisme, on ne peut la réduire à cette simple politique. Le catholicisme c’est toujours la nostalgie d’une société agraire et moyenâgeuse, l’ordre éternel des champs. Le protestantisme est la religion naturelle du capitalisme (Max Weber). Mais le Vatican ne peut accepter de disparaître parce qu’il serait condamné par les lois de l’Histoire.

Aussi l’Eglise catholique s’est adaptée et a fait des offres de service aux puissants de ce monde. Elle lutte pour sa survie. Elle pense profondément qu’au nom de ses deux mille ans d’existence, elle survivra à des systèmes économiques à bout de souffle. Elle doit donc tenir et offrir ses services. Elle doit donc aussi résister à l’air du temps qui voudrait qu’elle se protestantise. Ce sont ses intérêts et eux-seuls qui guident et expliquent son action.

Il y a donc conflit d’intérêts avec l’impérialisme nord-américain qui a d’autres exigences : ces intérêts particuliers. Les USA veulent bien servir la soupe, mais à condition qu’elle les nourrisse. Ils peuvent accepter une certaine indépendance de l’Eglise, mais elle doit être toute entière aux services des USA.. Les intérêts géostratégiques de Rome au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie ne coïncident pas avec ceux de Washington-DC. Aussi, lui est-il nécessaire de ramener le Vatican à de meilleurs sentiments.

Une campagne bien orchestrée

La question de la pédophilie est aussi vieille que celle du clergé. Comme le dit l’Ecclésiaste, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce qui est nouveau, c’est l’affichage public de cette question. La campagne de dénonciation part incontestablement des Etats-Unis. Cela va prendre un tour insupportable pour l’Eglise catholique. De procès en procès, l’Eglise va être saignée à blanc sur le plan des finances. C’est aussi un moyen pour les WASP de se refaire une santé à bon compte et de limiter l’influence des catholiques.

Cette campagne va se répandre comme un feu de brousse sur tous les continents. Ce n’est là nullement une coïncidence, mais bien la démonstration que le hasard n’a rien à voir avec cette campagne de « moralisation » tardive. Il faut faire plier le Vatican et lui montrer qu’il a besoin de l’aile protectrice du grand frère nord-américain.

Mais ce type de campagne a aussi sa propre logique, comme l’a montré von Clausewitz sur la nature des conflits. La campagne se nourrit d’elle-même, arrivée à un certain stade. Le Vatican semble terrorisé par cela et ne trouve pas la réponse adéquate. La rumeur sur le « réseau gay » est aussi un avatar de cette pression nord-américaine. Le Vatican résiste à la publication du rapport sur les problèmes internes dans la Curie. Pourra-t-il tenir encore longtemps ?

La raideur de l’Eglise est sa réponse à cette pression

C’est cette situation qu’il faut comprendre pour expliquer le tournant que prennent un peu partout les épiscopats catholiques en se situant sur un terrain d’affrontement ouvert. Le capitalisme, c’est le libéralisme dans toutes ses acceptions, notamment sur la question de la liberté individuelle et de comportement, en particulier sur les questions sexuelles. On connaît à la fois le « relâchement des mœurs » dixit l’Eglise et l’hypocrisie protestante. « Fais ce que tu veux, mais ne le dit pas, et en, apparence, soit un bon chrétien ».

Ce n’est donc pas un hasard si c’est sur la question du mariage pour tous, donc pour les homosexuels, que l’Eglise cherche à faire une démonstration de force. On l’a vu en Espagne et en France. En 1984, sur la question de l’école privée, c’est la droite qui a débordé l’Eglise qui avait accepté le projet Savary. On la comprend, tous les désirs cléricaux avaient été acceptés. Sur la question du mariage pour tous, c’est au contraire l’Eglise qui a instrumentalisé la droite et l’extrême-droite. Toute l’Eglise catholique, toutes tendances confondues, s’est jetée dans la bataille. Les cathos de gauche ont été littéralement pulvérisés et éjectés de cette affaire. Si bras dessus, bras dessous, l’UMP, l’UDI, le FN, les Evêques et les intégristes ont manifesté, c’est parce que le Vatican l’a ordonné.

De la même manière, la décision récente de modifier les statuts de l’enseignement catholique pour surdéterminer le caractère chrétien au détriment de l’aspect privé, est la réponse de l’épiscopat contre les tenants de l’impérialisme. La religion d’abord et pas seulement le marché de l’enseignement. C’est la réponse du berger catholique à la bergère capitaliste.

Cet affrontement est la réponse de l’Eglise catholique contre la pression qui s’exerce sur elle pour la faire plier devant les exigences de l’impérialisme nord-américain. Le système capitaliste est au bord de l’effondrement, une crise sans précédent dévaste les continents. L’attitude du Vatican n’est que la transcription sur un certain plan de cette catastrophe imminente qui s’annonce.

Une gigantesque confrontation se prépare

L’ordre ancien des choses va changer. Dans le « mouvement laïque », une ligne de fracture se structure. D’un côté, les tenants de l’ancien ordre des choses s’arqueboutent pour tenter de préserver la situation antérieure. C’est ainsi que certains faux « laïques » demandent le retour à la loi Debré originelle, d’autres demandent que l’enseignement catholique sous financement public soit « neutre », voire quasiment « laïque », alors que le caractère propre prévoit l’inverse. D’autres encore pétitionnent pour que les subventions publiques aux associations ne soient données qu’aux associations « politiquement correctes » de leur point de vue. D’autres, souvent les mêmes tentent d’agir pour supprimer la séparation entre la sphère publique et la sphère privée pour mieux dynamiter la loi de 1905 de l’intérieur.

Ces tentatives dérisoires seront balayées comme un fétu de paille dans le choc qui va avoir lieu. Sera ainsi réglé pour longtemps « l’émiettement » du mouvement laïque. Si certains font partie du problème, à coup sûr, ils ne feront pas partie de la solution.

De l’autre, la Fédération nationale de la Libre Pensée entend jouer sa partition comme elle l’entend, à sa place, elle agira avec toute la force accumulée depuis des années. Les récents débats publics entre la Libre Pensée et les religions montrent que les camps se préparent à cet affrontement. Le mouvement laïque est en train de se reconstruire sur un nouvel axe.

« Les temps changent » chantait naguère Bob Dylan. On ne va pas tarder à s’en apercevoir.

 

Christian Eyschen
vice-président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée

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