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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

Les courtisanes du Vatican

A propos du livre de l’Abbé Gualdi « Une courtisane au Vatican », réédité et imprimé aux éditions de L’Idée Libre (Herblay-Seine et Oise) en juin 1950

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Rappeler que se revendiquer de la Libre Pensée n’implique pas d’être athée, cela ne constitue nullement une figure de style. Par définition toute personne pensant librement utilise ses propres outils intellectuels et arrive aux conclusions de son choix. C’est pourquoi le débat libre est un outil complémentaire indispensable au libre penseur ; par lui il confronte ses propres prémisses, raisonnements et conclusions aux prémisses, raisonnements et conclusions de ses interlocuteurs. Par cette confrontation polémique s’il advient, pourvu qu’elle soit respectueuse du contradicteur qui se doit au même respect, le Libre Penseur progresse dans son libre examen et envisage toutes hypothèses, ne fussent-elles pas de son goût. Et les goûts, en matière de divinités, ce n’est pas ce qui manque de par l’histoire du monde.

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            Libre Penseur me définissant moi-même comme « athée de naissance » je sais gré à ma famille de m’avoir donné une éducation laïque et républicaine et de m’avoir épargné durant l’enfance toute influence dogmatique. Par contre j’ai toujours suivi l’exemple de ma mère en lisant tout ce qui me tombe sous la main, les propos des chamanes comme le livre des mormons, les exploits de la vie de Bouddha comme les pérégrinations du père des raëliens … Très franchement, c’est le fatras des dieux grecs que je préfère car on trouve avec eux tout et son contraire. S’il y a des entités qui pensaient librement, c’est bien eux. Pour leur exemplarité, c’est tout autre chose.

            Bien entendu nombreuses bibles et moult missels me sont passés entre les mains et j’y ai posé attentivement les yeux, me faisant constater bien souvent que je possédais une culture des « feintes-écritures » amplement plus complète que beaucoup de catholiques déclarés de ma connaissance. J’ai lu de longs passages des testaments vieux et tout neuf, les tables de la loi et des écrits fumeux. En philosophie je me suis intéressé aux (pseudos)-preuves de l’existence d’un être suprême, j’écoute le gospel mais ne puis que rire des propos des messes que je fuis comme la peste.

            Il ne serait pas juste de dire que je « n’ai rien contre l’église catholique » puisque faisant partie des innombrables personnes qui considèrent qu’il ne s’agit aucunement d’une église stricto-sensu mais bien d’un des partis politiques mondiaux les plus puissants et les mieux organisés. Ce que je lui reproche, c’est de s’immiscer dans ma vie personnelle par mille canaux et de chercher à s’immiscer dans ma conscience par mille subterfuges. Il ne surprendra donc pas que j’ai lu aussi tout ce qui me tombait sous la main en matière de fonctionnement du Vatican et de la papauté et il s’agit toujours là de textes édifiants sur les mœurs de ces instances.

            Je me croyais donc déniaisé ! Quelle illusion, quelle illusion.

            Je viens de tomber grâce au stand de la Libre Pensée, au festival du livre de Mouans-Sartoux, sur un livre qui fut l’écrit non pas d’un mécréant de mon acabit, mais bien par un authentique ecclésiastique contemporain des faits qu’il relate et  qui concerne le pape Innocent X (mort le 16 mars 1654 )  et Donna Olimpia. Cet homme de robe est un abbé du nom de GUALDI, ce qui bien sur peut n’être qu’un pseudonyme d’auteur et il fut réédité par André Lorulot qui nous indique, tout comme le bon abbé, d’autres saines et non saintes lectures édifiantes sur les mœurs et traditions ancestrales du Vatican.

            La naissance de Donna Olimpia Maldacchini Pamphily  remonte à 1596 et elle décède de la peste en 1657. Sa longue odyssée au sein du Vatican n’a rien de mystique et l’abbé Gualdi nous montre comment elle construit sa vie en maîtresse femme sachant se faire femme maîtresse. Nous la suivons pour ainsi dire à la trace, comme dans un véritable roman policier, et une fois de plus la réalité dépasse de loin les fictions les plus délirantes.

            Il s’agit de beaucoup plus qu’une courtisane, il s’agit d’une incomparable intrigante  qui instrumentalise un ecclésiastique dont elle fera un pape assurant sa fortune. Pour cela, si les voies du seigneur sont impénétrables, celles du lit du futur Innocent X alias Pamphily ne le sont pas. Les Borgia et consorts donnèrent leurs saintes lettres de noblesse à cette menue monnaie.

  Qu’il soit un beau-frère pour cette Dona Séductora n’aurait été qu’un détail si son mari jaloux n’avait eu le mauvais goût de récriminer contre le frangin qui mettait la nuit à profit pour confesser (oh !!!) sa belle-sœur. Donna Olimpia fit preuve d’imagination en inventant le zappeur non informatique ! Et le mauvais plaisant insuffisamment partageux s’en alla tout droit siéger à la droite de qui il savait ! Voici donc la veuve toute libérée et pouvant se consacrer  du corps qu’elle avait beau et d’une âme qu’elle n’avait guère … à son beau-frère Pamphily, le futur INNOCENT- X. En vérité, ce dernier était totalement consentant et surtout, pas si innocent qu’il est dit !

            Désormais l’innocent et sa belle s’instrumentalisent l’un l’autre pour créer un couple effroyablement redoutable, de surcroit hautement exemplaire quant à son manque total d’aménité, de religiosité et de scrupules. 

            Depuis ma plus tendre enfance donc, ceci n’engageant vraiment que moi-même, je n’ai jamais réussi à me persuader que des ecclésiastiques qui ont gravi les étages de leurs institutions puissent vraiment croire en un être suprême. Pour autant, les révélations de l’abbé Gualdi sont si nombreuses, si argumentées, mais aussi tellement connues à son époque que cette lecture est sidérante. On pourrait croire l’œuvre d’un détracteur sans scrupules qui invente une contre-romance pamphlétaire et calomnieuse !!!

Que nenni. L’abbé montre que non seulement il n’y avait là rien de secret, et établit à quel point tout le monde était non seulement au courant, mais encore rêvait plus ou moins de faire à peu près pareil ! En moins pire peut-être, mais en tous cas à son propre profit. D’ailleurs c’est ce qui arrivera après le décès de nos deux « héros » et leur édifiant roman vrai.

            Il ne s’agit donc pas de dérives mais tout au plus d’excès liés à un système où intrigues, corruptions et entregent sont le quotidien. L’abbé nous cite d’autres exemples, d’autres textes, d’autres situations, tous aussi édifiants les uns que les autres …..

Décidément cet ouvrage ne se raconte pas, il se lit. Même en le lisant, on en croit à peine ses yeux.

Alors bonne lecture !                                                                               Christian JOLY

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