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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

Du citoyen et des religions
par Philippe Forget

 


Ce livre de notre ami Philippe Forget vient à point. Il consiste en une revisite complète d’un certain nombre de principes et de notions que l’auteur remet sur leurs pieds. En ces temps où, volontairement, le confusionnisme se répand comme une lèpre, il était temps de redéfinir les choses. Tout d’abord, remercions-le de citer plusieurs fois la Libre Pensée et ses propres articles parus dans la Raison. Toute publicité est bonne à prendre. C’est si rare en ce moment.

Il montre que le christianisme n’est, en fait, qu’un champignon saprophyte qui vit comme un parasite sur la civilisation gréco-latine. À juste titre, l’auteur écrit : « C’est pourquoi si l’on veut recourir à la métaphore obscure des racines, on doit bien plutôt parler des racines européennes du christianisme que des racines chrétiennes de l’Europe ».

A ce sujet, l’auteur règle définitivement le problème : « Qui peut donc prétendre distinguer l’unique ou la meilleure racine de l’arbre ? A exhumer ses racines, on tuerait d’ailleurs l’arbre ! D’emblée, quand il éclot, l’arbre est une totalité d’où jaillissent des racines ; et celles-ci ne sont pas l’origine de l’arbre, mais des seules fonctions organiques de son élévation. »

 Il enfonce le clou « Orphée se détache de sa mémoire obscure et retourne à la lumière. Les esprits cléricaux conspirent à sceller à jamais l’ouverture des Temps ; l’esprit laïque, lui, forge la légende des siècles »

La Libre Pensée est toujours universelle

« En effet, la souveraineté du peuple est non seulement politique, mais aussi morale et spirituelle. L’esprit démocratique est souverain dans les orientations, décisions et expressions de son activité théorique et pratique. Majeur, il n’a nul besoin d’un tuteur, de plus aliéné à des Écritures bien plus restreintes que les Livres du Monde et de l’Histoire. S’abreuvant à l’étude de ces derniers, la libre pensée du peuple sera toujours plus universelle et profonde que celle de toute religion. »

Il est rappelé que la fondation de Rome par Remus et Romulus ne tient absolument pas d’une origine divine ou d’une volonté issue du ciel. Elle n’est que construction et volonté humaine. Il y a donc une véritable usurpation quand l’Église catholique prétend être la continuité de Rome.

On ne cesse de nous saturer, à propos de tout et surtout de n’importe quoi, des « valeurs » de la République. Souvent pour des causes inavouables. Philippe Forget écrit ainsi : « La République ne compose pas un marché des valeurs, mais l’enceinte éclairée du peuple, ouvrier de son futur ».Il poursuit : « La loi de 1905 n’opprime pas, mais libère. Son argument ne porte pas la division et la haine qu’elle laisse volontiers aux vociférateurs de la Réaction. Elle ne hait, ni ne détruit la religion, elle la dépasse. Elle la dépasse par la simple énonciation de son article 1er : « La République assure la liberté de conscience »

Contre le communautarisme

« Quand elles prônent « la diversité », les élites parasitaires flattent plus que jamais le grégarisme tribal au détriment de la constitution républicaine de la nation. Or, toute politique communautariste recèle un péril mortel pour l’unité de cette puissance constituante qu’est le peuple. La fondation républicaine est un acte unitaire qui ouvre les modes d’exercice de la souveraineté populaire ; des récriminations de naissance ou de mœurs dont l’étroitesse les retranche de toute voix commune ruinent, en revanche, l’unité du corps démocratique des citoyens.

Quand l’appareil d’État autorise des associations prébendées, à représenter des communautés hantées par leur peau, leurs mœurs, leur superstition, enfin toutes animées d’un ressentiment mémoriel, il rompt le pacte républicain, car le peuple souverain ne se reconnaît pas de sections. S’il se sectionnait en ethnies, sexes ou églises, émergeraient bientôt des législations spéciales et des justices particulières. L’inflation des postures « victimaires » sert à évacuer l’unité de la République et de la question sociale. »

Les faits et les idées

L’auteur dénonce à juste titre la « mode » de dénoncer les « phobies » (judéophobie, christianophobie, islamophobie). Il y voit une perversion. Que l’on stigmatise un croyant, du fait qu’il croit, est une atteinte aux libertés : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789.

Mais la perversion consiste à dépasser cela en indiquant que la critique des religions est une « phobie » attentatoire à la démocratie. On passe ainsi de la liberté du croyant à l’interdiction de la critique des religions. C’est le retour du délit de blasphème.

La devise du journal La Libre Pensée en 1866 était « La tolérance s’inscrit dans la sphère des faits et non dans celle des idées ». On doit tolérer le fait qu’il y ait des croyants, cela ne veut pas dire que l’on doit un quelconque respect aux croyances religieuses, qui ne sont qu’un fatras obscurantiste de dogmes et d’absurdités. Le dévot croit, d’ailleurs, parce que c’est absurde : ainsi parlait Tertullien.

En outre, « lorsque la République condamne l’antisémitisme et le racisme, elle agit en faveur d’individus dont la liberté et la dignité sont menacées par des préjugés régressifs. Elle défend les droits d’un homme, non ceux d’un peuple ou d’une race. Hitler persécuta les Européens juifs en les désignant comme une race ; la République les libère dans leur individualité humaine, pouvant s’exprimer dans un culte, une éthique et des mœurs spécifiques. La raison libératrice ne rentre pas dans une relation mimétique avec les préjugés archaïques du persécuteur. Elle ne peut faire siens les termes d’un discours qui retranche de l’unité nationale une communauté d’individus. L’entretien d’un trauma historique s’avère contre-productif pour la dynamique émancipatrice de la République. »

Tout est dit. Un livre à lire et à étudier.

Christian Eyschen

Du citoyen et des religions. Liberté, souveraineté et laïcité par Philippe Forget. Berg International Éditeurs – 152 pages – 14€

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