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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Communiqués nationaux

Ce texte est une contribution de la Libre Pensée aux travaux du Comité national laïque de la Ligue de l'Enseignement

 

La société est multiculturelle, c'est un fait d'évi­dence. Il faudrait chaus­ser de biens curieuses lunettes pour ne pas s'apercevoir que nous ne sommes pas tous blonds aux yeux bleus, aimant la choucroute et la bière ou bruns aux yeux foncés dégus­tant force couscous et cornes de gazelles. La société est tra­versée par l'histoire, par les différentes époques qui l'ont façonnée et par la diversité des habitants qui la composent. Et c'est bien ainsi.

 

La société est le produit de son histoire. Les conditions de sa constitution, le poids des événements liés à l'histoire, les affrontements qui ont existé font que, si la société est diverse, cela ne veut pas toujours dire que l'égalité existe réellement. Par égalité, j'entends celle des droits et non une quelconque uniformisation.

 

Je suis très réticent aux formules « intégration » ou pire « assimilation » qui me semble avoir un contenu de nivelle­ ment des différences. La laïcité, tout au contraire, permet l'égalité des convictions, sans nier leurs différences et leurs expressions. Elle ne vise pas à constituer une hiérarchie des normes des religions ou des convictions, celle-ci étant acceptable, l'autre non.

 

Les affirmations comme « l'Islam est-il compatible avec la République ? » visent à hiérarchiser les religions entre les « occidentales » et les autres. Cette conception a un fond de xénophobie et s'inscrit dans la théorie du choc des civilisations qui est raciste par essence.

 

L'intégration impose aussi de définir une ou des normes qui sont des critères opposables pour avoir un brevet. Mais qui décide des critères ? Sinon la puis­sance publique. Et celle-ci n'est ni neutre, ni impar­tiale, elle est le produit de forces économiques, politiques, culturelles, religieuses. Elle aura donc naturellement pour résultat de reproduire son propre modèle contre le modèle des autres.

 

C'est le contraire du principe de laïcité qui n'impose aucun modèle, mais qui, au contraire, permet à chacun, dans cer­taines limites évidentes pour permettre de cohabiter ensemble, d'avoir son propre modèle. C'est le principe de la liberté de conscience et de l'exercice des libertés démocratiques.

 

S'il faut respecter les diversités et aussi ne pas les encou­rager, les mesures qui visent à imposer un modèle prédé­fini peuvent s'avérer dangereux, j'estime que les lois sur la parité vont finir par être contre-productives. Nous sommes le produit de notre propre histoire qui dure depuis des milliers d'années. En quelques décennies beaucoup de choses ont changées souvent positivement en matière d'égalité.

 

A vouloir forcer la marche, c'est tout le convoi qui risque de dételer. L'aspiration à la liberté, l'égalité, la démocra­tie, la laïcité est irréversible. A vouloir corseter ce mouve­ment, on va finir par le détruire et produire des réactions inverses. Il faut laisser du temps au temps.

 

Il nous faut cependant réfléchir aussi à la question de la citoyenneté et au droit de vote. Jusqu’il y a peu, j'étais par­tisan de la formule : « On est français, on est citoyen, donc on a le droit de vote ». Liant ainsi la citoyenneté et le droit de vote à la nationalité française. Mais aujourd'hui les rési­dents de l'Union européenne peuvent voter aux élections locales, mais ne sont pas éligibles comme maire ou adjoint. Les autres résidant n'ont droit ni à l'un, ni à l'autre. Ce n'est pas acceptable, car cela introduit un apartheid électoral.

 

La Libre Pensée fait sienne la conception qui a prévalu lors de l'adoption de la Constitution de 1793, la plus démocratique que la France ait connue et qui, à cause de cela sans doute, n'a jamais été appliquée. Elle s'inspire aussi de l'expérience de la Commune de Paris. Il n'empêche que 1793 a fondé un principe qui a traversé les siècles. Elle constitue la seule réponse démo­cratique possible aux questions posées aujourd'hui.

 

En son article 4, elle stipule : «- Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'hu­manité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français. »

 

En conséquence, la Libre Pensée consi­dère que tous ceux qui sont présents sur le territoire de la République et qui participent de l'enrichissement des biens de la Nation et contribuent au financement des services publics d'une manière ou d'une autre, doivent avoir le droit d'exprimer leurs volontés par le biais du suffrage universel.

 

Le droit de vote ne règle pas tout, il est une condition néces­saire, mais pas suffisante, mais il permet « le plébiscite de tous les jours », selon l'heureuse formule de Renan.

 

S'il est évident pour la Libre Pensée que la société est multiculturelle et donc diverse, cela veut-il dire que la République, comme système politique et institutionnel, doit être « multi culturaliste » ?  En clair, la République doit-elle se résumer à la société ?

 

Par contre, revendiquer que la République, c'est-à-dire un système politique et institutionnel, en devenir plus que réalisé d'ailleurs, ne soit que le reflet de la société et non une aspiration et une idée à construire, c’est réduire le politique à n'être qu'une image au lieu d’ être une volonté.

 

C'est s'inscrire dans une pensée où les partis politiques, par exemple, ne doivent être que l'expression de sondage et non des militants mettant en œuvre des projets et faisant des propositions, soumis aux libres choix des citoyens.

 

La République multiculturelle ou multi culturaliste, c'est l'institutionnalisation du communautarisme, érigé en système de gouvernement. C'est figer les citoyens dans leur contingence au lieu de tenter de les élever à l'idée de leur émancipation.

 

S'il faut lutter efficacement contre le racisme et la xénophobie, revendiquer une République « multi culturaliste » serait ouvrir la voie à la pire des aventures contre la République la Démocratie et la Laïcité.

 

                                             Christian Eyschen

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