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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Tribune libre

COMMENTAIRES SUR LE DEBAT  "JÉSUS A-T-IL EXISTÉ"

 

du 23 décembre 2012 sur la chaîne 23, animé par C. Hondelatte

 

            Dans l’émission  "Talk-show – Hondelatte dimanche" du 23 décembre 2012, un débat a eu lieu sur le thème "Jésus a-t-il existé ?".

            Ont participé à ce débat Christian Eyschen, représentant la Libre Pensée, Odon Vallet, spécialiste des religions, Christine Pedotti, intellectuelle catholique, Elisabeth Lévy, journaliste et Alex Ursulet, avocat.

            C’est très probablement la première fois en France, depuis que la télévision existe, que ce sujet passe sur les écrans. Merci à l’initiateur de ce programme !

 

            En premier lieu, bravo à M. Eyschen pour sa connaissance du sujet et l’aptitude  à exposer les arguments en faveur de la thèse mythique dont il a fait preuve. Les obstacles ne lui ont pourtant pas été épargnés. Se retrouvant seul contre tous, unique opposant à la thèse historiciste, il aurait dû bénéficier de cinquante pour cent du temps de parole. On lui en a accordé moins du quart. Il a été coupé plusieurs fois, souvent au moment où l’argument exposé faisait mal.

 

            M. Ursulet s’était trompé de porte. L’existence ou la non existence de Jésus ne l’intéressait pas et n’était pas le sujet ! Il l’a dit deux fois et, par deux fois, il a essayé de transporter le débat sur un autre terrain : l’existence de Lucifer (« le vrai débat »), la réalité de la crucifixion, de la résurrection. Pour lui, « tout le monde sait que Jésus a existé », donc on passe à autre chose. Notons le mépris avec lequel il traite le porteur de la thèse mythique lorsque, se tournant vers Odon Vallet, il annonce : « Je m’adresse à celui qui sait ». S’il est vrai que M. Ursulet est (ou a été) vénérable d’une loge, il fait montre de bien peu d’esprit maçonnique en traitant ainsi le point de vue d’autrui.

 

            M. Vallet est catégorique : « Jésus a existé ». Mais quel Jésus ? Celui dont l’unique biographie se trouve dans les évangiles ? Mais celui-là, de sa conception par un (saint) esprit à son ascension par delà les nuages, en passant par sa sortie d’une vierge, ses miracles quotidiens et sa résurrection, n’est qu’un dieu. Vallet croit-il au dieu-Jésus ? Ce serait son droit mais là n’était pas le sujet. Il ne s’agissait ce soir-là que de l’homme Jésus.

            "Celui qui sait", selon M. Ursulet, n’est quand même pas allé jusqu’à répéter ce qu’il avait affirmé naguère dans une émission de "C dans l’air" (où il n’avait pas de contradicteur en face de lui) à savoir que la thèse de la non existence de Jésus avait vécu au dix-neuvième siècle et n’était plus envisagée depuis. Ne connaît-il pas Couchoud, Alfaric, Ory, Fau, Las Vergnas, Wells, Dubourg, Bossi, Lenzman (liste non exhaustive), tous auteurs du vingtième siècle, tous négateurs de l’homme Jésus ?

            Dans l’émission de M. Hondelatte, M. Vallet n’a cessé d’être affirmatif sur l’existence du personnage tout en glissant immédiatement, après chaque affirmation, sur le choix qu’on peut faire entre son caractère divin ou humain. Cela ressemblait à une forme d’échappatoire. De même, ses tirades sur la date de naissance de Jésus et les déplacements successifs dont elle a fait l’objet, son discours sur Lucifer ou sur "les trois conceptions possibles de la résurrection" (!) l’ont conduit hors du sujet où il était visiblement plus à l’aise  que sur les réponses à opposer à M. Eyschen.

            Dans un second temps, découvrant peut-être que des raisons de douter ou de nier existent, il met quelques bémols à ses affirmations. A trois reprises en effet il accompagne  ses certitudes d’une restriction : au sujet de ce qu’il présente comme une preuve tirée "des derniers progrès de l’archéologie israélienne", il ajoute : « C’est à peu près prouvé » ; à propos de « ce qu’on a pu retrouver de l’époque du Christ mais qui montre que ce qui est dit dans les évangiles correspond à des réalités » (miracles compris ? Il ne le dit pas)  il précise : « Il n’y a jamais de preuves absolues mais des indices forts ». Quant à la crucifixion,  « elle est très probablement une réalité historique ».

            Est-ce avec des « à peu près », des « indices » qui ne sont pas des preuves, et des « probablement » qu’on a le droit d’être affirmatif ? L’esprit critique d’un historien ne devrait-il pas dans pareil cas laisser une place au doute ?

            M. Vallet nous dit que « si le Bouddha n’avait pas existé, ça poserait plus de problèmes que s’il avait existé » et que « pour Jésus, c’est pareil ». Quels sont ces problèmes ? Pourquoi ne les a-t-il pas cités ? Pourquoi n’en a-t-il pas donné un seul exemple ?  Il avait tout le temps de le faire, personne ne lui coupait la parole, à lui.

            L’éminent spécialiste des religions est surprenant lorsqu’il affirme : « Dire que Jésus n’a pas existé ça rend impossible le martyre de centaines de personnes dont on peut dire qu’ils (sic) sont morts pour Jésus ». S’il voulait bien lire "Jésus-Christ a-t-il existé" de Georges Las Vergnas, outre la découverte de données qu’il semble ignorer, M. Vallet y trouverait au passage cette vérité : « toutes les causes, même les plus détestables, ont leurs martyrs ».

            Comment M. Vallet peut-il recourir à la mention de Jésus dans le Talmud et le Coran comme élément de preuve ? Lorsque Jésus a été introduit dans ces textes, son existence n’était-elle pas déjà devenue une évidence pour tous ? Le mythe s’était déjà transformé en réalité, bien davantage encore pour le Coran (six siècles plus tard !) que pour le Talmud. A propos de la citation de Jésus dans le Talmud, M. Vallet s’est gardé d’ajouter qu’il y est présenté comme le fils d’un soldat romain dont le nom est cité, Pandera, et d’une prostituée juive. Cette omission lui a évité de préciser que cela correspondait à "la réalité des évangiles et à ce que l’Histoire nous dit". Avec le Talmud, M. Vallet retient comme valable un "témoignage" que l’Eglise catholique et les autres branches du christianisme, rejettent. Et pour cause : Jésus fils de p. !

            Qu’est-ce que cela change que « le judaïsme et l’islam n’ont jamais remis en cause l’existence de Jésus » ? Est-ce vrai parce qu’ils le disent ? Le judaïsme et l’islam diraient-ils la vérité, seraient-ils la Vérité ?

            Pour en terminer avec les interventions de M. Vallet, soulignons le fait que lorsque l’animateur lui a demandé de préciser quels étaient ces « derniers progrès de l’archéologie israélienne (qui) ont à peu près prouvé que etc. », il s’est contenté de citer « la prédication de Jésus au bord du lac de Tibériade » et « le montée de Jésus à Jérusalem, son parcours géographique ». Un point, c’est tout. On est resté sur sa faim.  Quels indices (à défaut de preuves) ? Quelles traces ? Quels éléments d’appréciation ? Quels auteurs ? Quelles références ? On n’en saura pas plus.

 

            Mme Lévy. On ne saisit pas bien la position de cette intervenante. Comme M. Ursulet, elle semble s’être trompée de porte ; à deux reprises elle exprime son rejet du sujet traité :  « Ce n’est pas le sujet ! », ce qui fait sursauter l’animateur. « Existence ou pas, ce n’est pas un bon combat, on s’en fout ! ». C’était pourtant bien le sujet proposé…

            Merci quand même à Mme Lévy d’avoir soutenu (involontairement) la bonne cause en rappelant, à propos de " la preuve par les martyrs" qu’ « il y a des gens qui sont morts pour des chimères ».

 

            Mme Pedotti. Cette intellectuelle catholique, probablement pratiquante, appuie sa croyance en Jésus sur trois "preuves" :

-  l’existence des martyrs chrétiens ;

- le fait que les chrétiens existent : « Si Jésus n’avait pas existé il n’y aurait pas de chrétiens », « Derrière Jésus il y a le christianisme » ;

- sans Jésus, il aurait fallu qu’il y ait « un faussaire génial » pour écrire les évangiles « qui seraient alors des faux ».

            Ne revenons pas sur le premier des ces "arguments" déjà abordé, si ce n’est pour signaler l’exemple des martyrs du "Temple Solaire" rappelé par M. Eyschen.

            A la deuxième bonne raison qu’a Mme Pedotti de croire en Jésus (homme) on peut donner une réponse qui se calque sur la sienne : « Si Mithra n’avait pas existé, il n’y aurait pas eu de mithraïstes ». « Derrière Mithra il y a le mithraïsme ».  Or il y a eu des mithraïstes et Mithra n’a jamais existé, après que des centaines de milliers (des millions ?) d’adeptes l’ont cru pendant dix-neuf siècles,  Point n’est besoin d’un fondateur pour qu’une religion naisse, se développe, se transforme. Qui a fondé l’essénisme ? On ne le sait pas, pas plus que pour des centaines de religions qui ont fleuri sur terre avant de s’évanouir à jamais. Si l’on voulait donner un fondateur au christianisme, il vaudrait mieux aller le chercher du côté d’un Paul de Tarse, personnage historique, plutôt que d’un Jésus mythique.

            Si Mme Pedotti voulait prendre connaissance des travaux de Prosper Alfaric, pour ne citer qu’un exemple, elle verrait comment une religion peut se former sans fondateur. Le christianisme est un syncrétisme qui s’est formé, plus tardivement qu’on ne le dit officiellement, à partir de religions ou sectes préexistantes : le judaïsme, l’essénisme, la gnose et les cultes à mystère. Le mythe de Jésus s’est formé progressivement à partir de l’image du Messie juif attendu, des dieux sauveurs des cultes à mystère, du logos de la gnose et du Maître de Justice des esséniens. ("Origines sociales du christianisme. Ed. Rationalistes)

            Mme Pedotti ne verrait que des faux dans les évangiles, élaborés « par un faussaire génial » si, au départ, il n’y avait pas Jésus. Mais pour les incroyants, pour ceux qui excluent toute forme de surnaturel, les évangiles ne sont que ça : des faux !

            Fausse l’insémination de Marie par un esprit ; fausse sa virginité à la naissance de son fils ; fausses les guérisons "miraculeuses" ; fausses les multiplications des pains et des poissons ; fausse la marche sur les eaux ;  faux le figuier séché d’un mot ; fausse la tempête calmée sur un ordre ; fausse la transformation d’eau en vin, fausse la pêche miraculeuse ; fausse l’extraction d’une monnaie de la bouche d’un poisson ; fausse la transfiguration sur le mont des Oliviers en compagnie de deux morts réincarnés pour la circonstance, faux le dialogue avec le Lucifer cher à M. Ursulet ;  fausse la résurrection de trois morts dont l’un sentait déjà mauvais ; faux le déchirement du voile du temple accompagné de séisme, de rupture des rochers, d’ouverture de sépulcres avec résurrection de plusieurs corps qui vont se promener dans Jérusalem ; fausse la résurrection et la montée "au ciel" (comme s’il y avait un haut et un bas dans l’Univers) jusqu’à disparaître derrière un nuage.

Lorsque vous retirez tous ces faux, que reste-t-il,  pour un athée, des évangiles ? Rien.

Et ces écrits sont pourtant les seuls qui nous proposent une biographie de "Jésus".

 

Terminons par la sublime déclaration de cet élu marseillais dont je n’ai pas pu saisir le nom. Pour lui, c’est évident, Jésus a bien existé puisque dans sa famille, pourtant musulmane, on le lui a toujours affirmé.

Ce débat met en relief la juste vison qu’avait du problème le regretté Prosper Alfaric : «L’idée d’un Jésus purement mythique heurte trop violemment la tradition reçue, elle contrarie trop d’habitudes, trop de sentiments, trop d’intérêts aussi pour rencontrer un accueil uniforme. Tous les esprits ne peuvent montrer à son égard la même réfringence » («Jésus a-t-il existé ? " Conférence  publique 1932)

 

Gaspard ANGELERI

Commandeur des Incroyants

angeleri.gaspard@gmail.com

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