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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

 

Cette phrase, sous forme galéjade, fut souvent citée lors de nos débats, notamment lors de conférences sur la "Doctrine sociale de l'Église", mais nous ignorions qu'il s'agissait du titre d'un article fort intéressant paru dans La Raison en 1987.(La Raison n°316 mars 1987).

Voici le texte original, que j’ai retrouvé dans nos archives, il est signé Christian Eyschen (actuel vice-président de la FNLP), et il est toujours d'actualité, car depuis rien n'a changé, la CFDT c'est toujours la CFDT- un rassemblement de petits soldats au service de la doctrine sociale de l'Église.

                                                                                                 Gilles.

 

 

 

Le Monde publiait récemment une déclaration de Jacques Delors qui indiquait "que le christianisme social demeurait valable". Dans un entretien publié par la revue Autrement l'ancien ministre se déclarait convaincu qu'un parti de la démocratie chrétienne de "gau­che" trouverait un large écho en France particulièrement dans les milieux syndicaux, il déclarait notamment que ce parti recueille­rait "10 à 12 % des électeurs et aurait le soutien de dizaines de mil­liers de militants syndicaux et d'action sociale".

Au centre de ce grand projet, on retrouve obligatoirement la CFDT et son appareil qui a complètement colonisé le PS d'Épinay et bien des organisations laïques.

Les résultats sont là, au vu de tout le monde, c'est l'allégeance au pape, au mépris de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État.

C'était aussi le 18 octobre 1975 où Gaston Defferre participait aux cérémonies de béatification au Vatican de monseigneur Eugène de Mazenot qui fut archevêque de Marseille de 1837 à 1861.

C'est encore toute l'idéologie cléricale du "bien commun" qui a abouti aux lois corporatistes Auroux.

Pour arriver à ce résultat, il a fallu démontrer que la CFDT n'était plus catholique, mais de "gauche" et "ouvrière". Et on s'est tu, et on a cherché à faire oublier l'origine de la CFDT et de son idéologie.

Il est du devoir des libres pen­seurs de ne pas se taire sur ce qui constitue sans doute la plus grande escroquerie de ces 20 dernières années.

Partisan du libre examen, les libres penseurs jugent les faits et les déclarations des intéressés.

Penchons-nous sur l'histoire de la CFDT, à la lumière d'un livre de Jean Bron sur "L'Histoire ouvrière de la CFDT en Isère".

Edmond Maire, lui-même, pré­face ce livre en indiquant : "Cette préface me donne l'occasion de saluer l'apport considérable des militants de l'Isère à la construc­tion de la CFTC d'avant 1964 et de la CFDT aujourd'hui."

Voilà qui souligne bien qu'il s'agit de la même maison, qu'elle s'appelle CTFC ou CFDT.

Un peu d'histoire

Le livre de Jean Bron s'ouvre au début du siècle. 1905 et 1906, c'est une vague de grèves dans toute la France. Contre les grèves et les syndicats ouvriers de la CGT, l'Église va créer les syndicats libres féminins.

Jean Bron écrit : "En 1906, le pays est encore secoué par l'application des lois contre les congréga­tions (1901, 1904) et de la loi de séparation de l'Église et de l'État (1905)...

Ces incidents resserrent les rangs des catholiques ouvriers et patrons confondus, face aux anticléricaux et aux rouges : finies les divergen­ces sociales et les querelles sur le niveau de vie, il faut faire front...

II faut avoir à l'esprit tout cet ensemble d'événements pour mieux comprendre la naissance des syndicats libres féminins : malgré la grève, de femmes veulent travail­ler ; catholiques, les" campagnes antireligieuses les heurtent profon­dément... elles respectent la hiérar­chie des riches et des pauvres."

Pour être membre des syndicats libres féminins, il faut :

"1° Être catholique.

  2° Avoir bonne vie et bonnes mœurs.

  3° S'engager à faire respecter la morale et l'honnêteté dans les ate­liers..."

Le syndicat se fixe pour but "l'organisation du capital et du travail".

 

L'article 3 des statuts prévoit "l'exclusion de tous les membres qui sèmeraient des idées de haine et de discorde, tous les membres qui conseilleraient ou emploieraient des idées de haine et de discorde, tous les membres qui conseille­raient ou emploieraient l'action directe pour obtenir gain de cause dans leurs revendications."

Des liens étroits sont entretenus par ces nouvelles organisations avec l'église catholique dont on ne conteste pas l'autorité.

Jean Oursel, en 1918 écrit dans "Le syndicalisme, son origine, son organisation, son rôle social. Edi­tion des Syndicats Libres".

"Le syndicalisme catholique doit être un instrument d'entente sociale et d'organisation... pour mettre fin à l'anarchie dont le syndicalisme révolutionnaire se faisait le dangereux propagandiste, II doit travailler à promouvoir la paix sociale par une entente frater­nelle de toutes les classes".

Les syndicats catholiques créent aussi des mutuelles, pour consoli­der leur emprise sur les ouvriers. La mutuelle de Bourgoin fondée le 23 juillet 1916 dont les statuts sont approuvés sous la présidence de monsieur le curé. Ces mutuelles seront bientôt liées à la Mutualité catholique du diocèse de Grenoble (1928) et à l'union catholique des mutuelles des Alpes (1929).

En 1919, se crée la CFTC, les syndicats libres veulent que le der­nier C de CFTC soit l'initiale catholique et non de chrétien comme l'imposera finalement Gaston Tessier.

Leur "amour du prochain" n'allait pas jusqu'au protestant.

Ils s'inclineront tout en décla­rant "La raison d'être de la confé­dération nous paraît donc bien être le catholicisme intégral dans ses principes sociaux".

En 1936, contre le grève géné­rale, il faut faire face. L'Union Départementale CFTC de l'Isère a 6 permanents syndicaux financés par les organismes catholiques, l'évêché et le parti démocrate populaire.

Le SGEN fondé en 1937, a été selon les propres affirmations de sa première secrétaire académique ''la récupération de la paroisse uni­versitaire" et "la manifestation d'une solidarité active avec les ins­tituteurs catholiques d'un milieu sectairement laïque".

1940, c'est Pétain, Jean Bron note "Le souvenir du vainqueur de Verdun provoque des réactions favorables à sa politique. Marcel Poimbeuf, secrétaire de la Fédéra­tion Française des Syndicats Chré­tiens d'Employés est lui-même membre du Conseil Supérieur de la Carte du Travail...

La masse, très peu politisée, suit cependant le plus souvent le chef de l'Etat dont les thèmes d'union des classes sonnent bien aux oreilles catholiques et parce que la hiérar­chie pousse à la soumission au pou­voir établi".

Le 15 juin 1947, l'Union Dépar­tementale CFTC de l'Isère adhère à "Reconstruction" qui allait monter l'opération de la déconfessionnalisationde la CFTC pour aboutir à la CFDT.

Le 18 octobre 1952, Gaston Tes­sier, Président de 1CFTC, déclare à son bureau confédéral : "Nous devons surtout nous tourner vers les autorités religieuses pour cher­cher les appuis convenables en vue d'une propagande efficace et en particulier du recrutement et de la formation des militants".

La CFTC nourrit évidemment en son sein différents courants réactionnaires, "Reconstruction" en est un, mais apparaît alors en Isère, le Comité d'Action pour le Développement de l'Intéressement du Personnel à la Productivité des Entreprises (CADIPPE), qui cons­titue une véritable fraction dans la CFTC. Son but est "d'intégrer le travailleur à l'entreprise".

En 1957, le trésorier de la section CFTC de Merlin écrit au bureau de l'Union Départementale CFTC de l'Isère et affirme "qu'une partici­pation toujours accrue des salariés à la gestion des entreprises tout en gardant un seul chef responsable est une solution bien meilleure".

Cette idéologie se retrouve en permanence chez les "chrétiens-sociaux". Ainsi Jean-Paul II enverra-t-il un message aux 16e s Assises du Centre français du Patronat Chrétien en 1986 où il déclarera "s'associer aux membres du CFPC dans leur recherche pour encourager les efforts visant à don­ner aux entreprises, en même temps que l'essor économique, une plus grande participation des hom­mes."

Jacques Chérèque, ex-numéro 2 de la CFDT déclarera à ces mêmes assises qu'il souhaite "une entre­prise qui soit un lieu commun de développement".

Sur le fond, c'est la doctrine de Rerum Novarum. Mais le CADIPPE était trop voyant. Il fal­lait plus de duplicité que cela pour les catholiques, aussi les membres du CADIPPE seront tous exclus de la CFTC.

1964, c'est le changement de nom du syndicat chrétien. 89 % de l'Union départementale CFTC de l'Isère est pour.

   C'est le début du noyautage des organisations de gauche. L'Union Départementale CFDT crée, avec quelques-uns de ses amis, le Groupe d'Action Municipale à Grenoble, dirigé par Hubert Dubedout, qui deviendra maire PS de cette ville.

Le GAM travaille essentielle­ment avec le PSU, et quand il sera assez "solide", il noyautera la SFIO. En 1965, c'est une liste d'"Union de la Gauche" (catholi­ques de ' 'gauche' ' PSU - SFIO) qui se présente aux municipales.

Le ver est désormais dans le fruit.

Un vent de "modernité"

Jean Bron exulte : "Porteuse d'un projet de société... cette Union Départementale des Alpes n'a pas eu peur du vent de moder­nité qui balayait les préjugés".

Ce vent de la modernité, quel est-il et où pousse-t-il le navire clé­rical ?

Il amène le syndicat CFDT de l'Enseignement privé à être parti­san de l'intégration à un service public de l'Éducation Nationale. C'est du Savary avant l'heure. C'est l'intégration pour noyauter l'école publique.

Au congrès de Valence (14/15 janvier 1982), dans la droite ligne du Christianisme social, les syndicats CFDT "ont marqué leur volonté de mobiliser les salariés pour trouver une issue socialiste-autogestionnaire à la crise, pour faire contrôler l'écono­mie par les travailleurs et leurs organisations, développer les comités locaux pour l'emploi, les conseils d'ateliers ".

Le Père Wresinski aux 16es assi­ses du CFPC leur fera écho. "Il proposera des "défis" afin de faire de l'entreprise un instrument de libération, le Christ invitant à vain­cre la peur" (Liaisons Sociales -13.6.86).

Ces "défis", cette "modernité" conduiront Edmond Maire à se faire le chantre des petits boulots, avec l'appui de toute la hiérarchie catholique.

Ainsi Le Pèlerin Magazine du 3.10.86écrira : "Le rôle social des petits boulots est indéniable. En offrant aux chômeurs quelques heures d'occupation et une occa­sion de sortir de leur isolement, ils remplissent un rôle que ni l'ANPE ni l'ASSEDIC ne peuvent jouer".

Monseigneur Rozier aux assises du CFPC rajoutera : "Les stages

d'initiation à la vie professionnelle (SIVP) sont conformes au principe de subsidiarité contenu dans la doctrine sociale de l'Église".

Car s'il faut pour les cléricaux lutter contre la pauvreté, il ne s'agit pas de combattre le chômage. Le CFPC écrit : "Les situations de pauvreté sont découvertes à l'occa­sion des accidents économiques, mais à la base il y a la pauvreté cul­turelle et spirituelle. Ce sont les deux pauvretés qui créent toutes les autres."

Les nouveaux pauvres apprécie­ront. Et les anciens et toutous riches pourront dormi tranquilles. Il ne leur faudra partager que leurs richesses spirituelles.

Ce vent de "modernité sera le véhicule pour s'infiltrer dans les organisations ouvrières et démo­cratiques.

Jean Bron note : "Peu à peu également, à travers l'action de parents d'élèves, le SGEN arrive à se faire entendre au sein de la Fédé­ration CORNEC".

On connaît malheureusement le résultat de la FCPE. Celle-ci déser­tera le combat laïque, et deviendra le Cheval de Troie des cléricaux.

Résistance laïque

Même si les chrétiens-sociaux ont conquis des places fortes laï­ques pour les dénaturer, ils n'ont pu encore effacer la conscience laï­que dans ce pays.

Le mouvement lycéen et étu­diant de la fin 1986 a été le sursaut et le réveil de la conscience laïque et de la défense de l'Instruction Publique.

Pour regrouper les laïques, il faut dire ce qui est, quitte à être à contre-courant des mas-médias aux ordres des grands de ce monde.

Faire la lumière sur le passé de la CFDT pour mieux éclairer le pré­sent et l'action des cléricaux de droite comme de gauche est une des tâches de la Libre Pensée.

Nous resterons anticléricaux, car nous sommes partisans du pro­grès humain.

Christian EYSCHEN 

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