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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

(source IO n°290)

A-t-il définitivement posé son crayon, à la porte du Père-La-chaise, ce lundi 17 février ? La joie de se retrouver en musique à pleins vents, celle d'un orchestre de trompettistes, amis des Humoristes associés, dont il était l'un des fondateurs, témoigne de sa présence parmi nous !

Il n'avait que 78 ans, au 14 février ! De la révolte, armé du pavé de Mai 68, il est passé à la révolution, le crayon à la main. Que d'amis, que de camarades de combat, amateurs de son art, répondirent à son rendez-vous ! Le trait de son crayon, reconnaissable entre tous, a réjoui toute une génération d'admirateurs et de militants, la nôtre, venue le lui dire joyeusement. Ce trait visait au cœur les ennemis et parasites de la civilisation : curés, patrons, actionnaires, fusilleurs pour l'exemple, tous, vivant du mensonge et de l'exploitation du travail des autres. Il détestait le verbe de la charité vivant de la misère, lui préférant les mots fraternels de la solidarité de classe : tous pour un et un pour tous !

Mais ce même crayon, au trait fin et délicat, déclare une flamme si vive aux femmes, qu'elles sortent de son dessin pour lui dire Je t'aime!

Un crayon qui fut bien celui d'un dessinateur au doigt pédagogique, maître incontesté du mot qui devient dessin et du dessin qui devient mot...

Combats d'une vie de crayon, couvrant quatre territoires de sa pensée et de son action, ceux de notre génération...

 Au pays où l'on embrasse et promène le chef des patrons sur le tapis glorieux, de l'Elysée à la Maison-Blanche, Barbe dégaine son crayon pour dessiner le destin que l'histoire lui réserve...

L'impérialisme ayant déclaré la guerre au peuple irakien pour lui garantir la paix éternelle, son crayon dessine un cri, celui des peuples : « Pas en notre nom!»

Un pape tout neuf ayant été élu pour appeler les peuples au repentir et au pardon pour leurs péchés, Barbe se précipite... et son crayon dessine sa prière à Dieu.

Mais le crayon de Barbe fut aussi et surtout celui du poète qui aima les femmes à la folie.

Sa pointe amoureuse qui leur déclare sa flamme, déshabille et rhabille leurs corps, doucement, tendrement...

Oui, Barbe fut bien des nôtres. Honneur à sa mémoire. 

                                                                               Son frère. Barbe

(ndr. Michel Barbe conférencier bien connu de nos adhérents)


(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

File0084


Le crayon comme arme de poing

 

En lui, l'artiste et l'homme de convictions ne faisaient qu'un. C'est donc tout naturellement que, dans les années soixante, alors qu'il était déjà un artiste accompli, ce révolutionnaire offrit ses dessins de presse aux poignées de militants dont les mots d'ordre défiaient le régime de la Ve République. Cette génération s'honorait d'arborer dans ses journaux, Révoltes puis Jeune Révolutionnaire pour les jeunes, et bien sûr Informations ouvrières, « Le dessin de Barbe » sur l'actualité.

L'homme était chaleureux, amène, avec un large sourire roboratif. Sa verve était châtiée, avec le souci du beau langage. Mais paradoxalement, sitôt qu'il taillait son crayon, le message se réduisait au trait, sans bulle ni légende. Un message qui ne se livrait pas facilement, car c'était là son style, raffiné, exigeant pour l'œil et l'attention du lecteur ; l'ironie graphique se nichait souvent dans le plus menu détail, qui disait tout. Son anticléricalisme, son hostilité à l'exploitation, au militarisme, à tout ce qui avilit et dégrade l'être humain étaient conséquents, intégrés à une imagination et un talent poétiques reconnus et réclamés dans toute la presse.

Le journal Le Monde, qui publia 250 de ses dessins, a consacré à sa disparition une curieuse biographie à trous. De ses combats iconoclastes, politiques, anticléricaux, crayon au poing, il ne saurait apparemment être question, pour ces admirateurs du pape François.

Reste aux vivants, aux jeunes, aux combattants, le souvenir et l'exemple d'un authentique artiste sans compromission. A l'heure où, dans une société qui se décompose, on ose enseigner à des jeunes, comme une vertu moderne, de « savoir se vendre », où tant d'intellectuels prostituent leur pensée, des vies comme celle de Barbe montrent qu'un créateur au talent reconnu peut traverser son siècle sans rien renier de ses convictions. À condition, il est vrai, de nourrir certaines exigences de lucidité et de droiture.

Salut, reconnaissant, à l'artiste, hommage au fidèle camarade.                                                                                                                                                                             Michel Sérac  

                                                                                                                                                                                                        

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