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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Activités et actions départementales

 2014, ça y est, nous y sommes et nous voici parti pour un marathon de cinq ans de commémorations qui commencera le 31 juillet avec le centenaire de l'assassinat de Jean Jaurés (j'espère qu'ils ne vont pas l'oublier) et se terminera le 28 juin 2019 par l'anniversaire du Traité de Versailles, en passant, pour 2014, par le 1er août jour de la mobilisation générale - le 3 août, le début de la guerre - du 6 au 12 septembre, la bataille de la Marne - 2016, Verdun - 2017, la révolution russe - 2018, la Victoire...

 

La Victoire, pour nous libres penseurs, nous la fêterons lorsque nous gagnerons notre combat en obtenant la réhabilitation collective des 650 fusillés pour l’exemple.

 

Grâce aux recherches de notre camarade Simon Guérin nous savons maintenant qu’il y a eu, au moins, quatre fusillés dans les Alpes Maritimes, trois dans les Alpes de Haute Provence, un dans les Hautes Alpes, trois dans le Var et six dans le Vaucluse ; pour les Bouches-du-Rhône, département où il y en eut beaucoup plus, les recherches ne sont pas encore terminées. Et n’oublions pas que notre région a payé un lourd tribut en hommes dès le début de la guerre avec la dramatique et scandaleuse affaire du XV° Corps .  (dans ce récit vous verrez qu’un chef de bataillon a, lui aussi, été passé par les armes).

 

Notre fédération nationale se proposant, en 2015, de faire le procès symbolique des généraux impliqués dans ces massacres pourquoi nous, les fédérations régionales concernées, nous n’instruirions pas celui du tristement célèbre major CATHOIRE ?  Ce médecin militaire dont le docteur Lavergne, Pharmacien du même 15ème Corps, disait : « le médecin-major Cathoire répondait au type de brute galonnée, emporté, violent, mal embouché, fréquemment le révolver à la main » (Cf. « La légende noire du 15ème Corps  - l’honneur  volé des Provençaux par le feu et l’insulte » - Maurice MISTRE – Éd. C’EST-A-DIRE – Page 160). Ce Cathoire est responsable de nombreux passages en Conseil de guerre, suivis d’exécutions capitales…

 

Tout au long de cette année 2014, vous trouverez sur notre blog divers documents, lettres de poilus, lettres de soldats allemands, extraits de carnets de route, photos, images, etc..ayant trait à ce drame et pour commencer et afin de bien vous imprégner de l’ambiance qui régnait sur le front voici un extrait des Croix de Bois de Roland Dorgelès et un autre de Recherche de la pureté de Jean Giono.

                                                                                                                                            .                                                                                    Gilles

 

(Pour d'autres informations sur les fusillés pour l'exemple, vous pouvez consulter le blog d'Éric VIOT.)    http://les-blessures-de-l-ame.over-blog.com/ 

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 Mourir pour la Patrie

Non, c'est affreux, la musique ne devrait pas jouer ça…

L'homme s'est effondré en tas, retenu au poteau, par ses poings liés. Le mouchoir, en bandeau, lui fait comme une couronne. Livide, l'aumônier dit une prière, les yeux fermés pour ne plus voir.

Jamais, même aux pires heures, on n'a senti la Mort présente comme aujourd'hui. On la devine, on la flaire, comme un chien qui va hurler. C'est un soldat, ce tas bleu ? Il doit être encore chaud.

Oh ! Être obligé de voir ça, et garder, pour toujours dans sa mémoire, son cri de bête, ce cri atroce où l'on sentait la peur, l'horreur, la prière, tout ce que peut hurler un homme qui brusquement voit la mort là, devant lui. La Mort : un petit pieu de bois et huit hommes blêmes, l'arme au pied.

Ce long cri s'est enfoncé dans notre cœur à tous, comme un clou. Et soudain, dans ce râle affreux. Qu'écoutait tout un régiment horrifié, on a compris des mots, une supplication d'agonie : « Demandez pardon pour moi… Demandez pardon au colonel… »

II s'est jeté par terre, pour mourir moins vite, et on l'a traîné au poteau par les bras, inerte, hurlant. Jusqu'au bout il a crié. On entendait : «Mes petits enfants… Mon colonel…» Son sanglot déchirait ce silence d'épouvante et les soldats tremblants n'avaient plus qu'une idée : « Oh ! vite… vite… que ça finisse. Qu'on tire, qu'on ne l'entende plus !... »

Le craquement tragique d'une salve. Un autre coup de feu, tout seul : le coup de grâce. C'était fini…

Il a fallu défiler devant son cadavre, après. La musique s'était mise à jouer Mourir pour la Patrie, et les compagnies déboîtaient l'une après l'autre, le pas mou. Berthier serrait les dents, pour qu'on ne voie pas sa mâchoire trembler. Quand il a commandé : « En avant ! » Vieublé, qui pleurait, à grands coups de poitrine, comme un gosse, a quitté les rangs en jetant son fusil, puis il est tombé, pris d'une crise de nerfs.

En passant devant le poteau, on détournait la tête. Nous n'osions pas même nous regarder l'un l'autre, blafards, les yeux creux, comme si nous venions de faire un mauvais coup.         

Voilà la porcherie où il a passé sa dernière nuit, si basse qu'il ne pouvait s'y tenir qu'à genoux. Il a dû entendre, sur la route, le pas cadencé des compagnies descendant à la prise d'armes. Aura-t-il compris ?

C'est dans la salle de bal du Café de la Poste qu'on l'a jugé hier soir. Il y avait encore les branches de sapin de notre dernier concert, les guirlandes tricolores en papier, et, sur 1'estrade, la grande pancarte peinte par les musicos : « Ne pas s'en faire et laisser dire. »

Un petit caporal, nommé d'office, l'a défendu, gêné, piteux. Tout seul sur cette scène, les bras ballants, on aurait dit qu'il allait « en chanter une », et le commissaire du gouvernement a ri, derrière sa main gantée.

— Tu sais ce qu'il avait fait ?

— L'autre nuit, après l'attaque, on l'a désigné de patrouille. Comme il avait déjà marché la veille, il a refusé. Voilà…

— Tu le connaissais ?

— Oui, c'était un gars de Cotteville. Il avait deux gosses.

Deux gosses ; grands comme son poteau…

                                                      Roland Dorgelès;  "LES CROIX DE BOIS"

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« Nous "avions fait" les Éparges, Verdun, la prise de Noyon, le piège de Saint-Quentin, la Somme avec les Anglais, c'est-à-dire sans les Anglais, et la boucherie en plein soleil des attaques Nivelle au Chemin des Dames. [.../...] J'ai vingt-deux ans et j'ai peur. »

 

 Incorporé dans le 140e RIA, puis au 8e génie, le soldat Giono n'a jamais quitté les champs de bataille entre 1915 et 1918. À Verdun, sa compagnie sera décimée devant   «les batteries de l'hôpital». Il y aura vu mourir tous ses amis. Il y aura eu les paupières brûlées par le gaz en mai 1918.

 

La faiblesse du guerrier

 

Soyez bon soldat, c'est vraiment gagné à coup sûr. Il n'y a pas de plus beau brevet ; mauvaise tête mais bon soldat ; magnifique ! Salaud mais bon soldat : admirable ! Il y a aussi le simple soldat : ni bon ni mauvais, enrôlé là-dedans parce qu'il n'est pas contre. Il y subira sans histoire le sort des guerriers jusqu'au jour où, comme le héros de Faulkner, il découvrira que « n'importe qui peut choir par mégarde, aveuglément, dans l'héroïsme comme on dégringole dans un regard d'égout grand ouvert, au milieu du trottoir ». Il y a dans cet état de guerrier un autre moment encore qu'on pourrait appeler le moment individuel. À cet endroit-là, il est obligé d'être seul. Il a reculé tant qu'il a pu cette confrontation avec la solitude. Il a été en troupe, en compagnie, en armée, mais maintenant il y est, il est seul. Comme un pacifiste. C'est le moment où dans les récits de batailles le guerrier prononce d'ordinaire les paroles historiques, ou bien où il appelle tendrement sa mère, et c'est bien triste pendant tout un alinéa.

C'est le moment où il vient d'être étripé avec une baïonnette pleine de graisse d'armes, où il voit sortir du trou de son ventre l'accouchement mortel de ses tripes fumantes qui veulent essayer de vivre hors de lui comme un Dieu séparé ; c'est le moment où l'éclat d'obus lui a fracassé la cuisse et que, du milieu de la boue de son corps, il voit jaillir la source lumineuse de son artère fémorale et qu'il sent son esprit glisser dans les mains gluantes de cette fontaine. Brusquement, au milieu de la bataille, voilà son drame particulier. Ne pas vouloir l'affronter tout seul tout de suite, c'est le trouver brusquement un jour comme lui. Alors, qu'il la crie ou qu'il la voit en fulgurantes images, dans sa tête qui se vide comme un bassin, à ce moment-là il connaît la vérité. Mais cela n'a plus d'importance pour le jeu ; cet homme ne peut plus faire marche arrière. Il est déjà sur les bords d'où l'on ne revient pas ; le jeu s'est joué. Tout le jeu de la guerre se joue sur la faiblesse du guerrier.

                                                                Jean GlONO, Rech erche de la pureté

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