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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Communiqués nationaux

(préparé par Dominique Goussot et Christian Eyschen)

 

Citoyenne, citoyen,

Chers camarades,

Chers amis,

 

Les Fédérations départementales de la Libre Pensée qui le souhaitent, organisent chaque année un banquet traditionnel pour le vendredi dit saint, que, depuis quelques années, nous appelons le vendredi malsain. L’ironie n’a jamais manqué aux libres penseurs.

 

Nous voulons tout d’abord, à travers ces banquets, célébrer une ode à la liberté de conscience et aussi marquer notre condamnation de tous les interdits religieux. Et ce n’est pas ce qui manque en ce bas monde.

 

Les listes officielles d’interdits dans le Judaïsme (il y en a 365) et dans l’Islam (il y en a 70) répondent à ceux, forts nombreux, des différents christianismes. Interdits qui sont surtout sexuels, mais aussi alimentaires. En matière de mœurs : concubinage, divorce, homosexualité, contraception, avortement... le pouvoir abusif d’un quelconque clergé est tout aussi inacceptable que dans les institutions ou à l’école. C’est la question du cléricalisme. Au-delà des commandos anti-IVG, de la dénonciation du mariage pour tous, de l’étranglement du Planning familial, l’arrogance renouvelée des clergés exerce une pression croissante contre les récents, imparfaits et fragiles acquis, qui n’existent que dans quelques pays. L’armée vaticane n’a jamais renoncé à faire de nouvelles croisades de reconquête.

 

 

Faisons un peu d’histoire

 

C’est pour affirmer cette idée-force que des laïques ont organisé des banquets violant délibérément les interdits religieux. L’idée est née dans les milieux intellectuels à la fin du XIXe siècle. Le premier banquet (1868) est à l’invitation de Charles Sainte-Beuve avec la présence d’Ernest Renan, Gustave Flaubert, Hippolyte Taine, Edmond About... Cette protestation de bons vivants s’est prolongée jusqu'à nos jours, où elle connaît un renouveau certain.

 

Dans son Dictionnaire philosophique, avec l’ironie mordante dont il fait preuve à chaque instant, Voltaire met le doigt sur le bon usage de l’art de la table. Il écrit : « Il faut, quand on a fait le repas des agapes, envoyer les meilleurs plats à l’évêque. » Tirons de cette recommandation deux leçons : ne mangeons jamais à la table de l’Église ; affamons l’Infâme en lui laissant les reliefs du banquet. Alors, régalons-nous ! Gardons simplement pour André Vingt-Trois, archevêque de Paris et Philippe Barbarin, Primat des Gaules, un reste de salade de capucins, une miette de carré de porc de tonsuré, un débris de tarte vaticane, une goutte de vin de la perpétuelle adoration et un fond de café au jus de chapeau du pape François, pour paraphraser le menu demeuré célèbre du banquet du vendredi dit- saint de 1881.

 

Mais cette tradition n’est pas le produit de la génération spontanée. Sainte-Beuve, en 1868, après les années noires qui ont suivi les sanglantes journées de juin 1848, les mesures de la majorité réactionnaire élue en 1849 et le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis Napoléon Bonaparte, renoue avec le combat républicain par la gastronomie. Souvenez-vous, l’illusion lyrique de février 1848 commence par une campagne de banquets qui débouche sur l’effondrement de la Monarchie de juillet. Sainte-Beuve retrouve aussi l’esprit frondeur et anticlérical qui parcourt le pays depuis la Renaissance.

 

L’esprit frondeur de Rabelais, bien sûr. Dans son Gargantua, il nous raconte comment celui-ci « mangea en salade six pèlerins » dont l’un est embroché au niveau de la braguette par le cure-dent du géant et ainsi délivré d’une « bosse chancreuse », celle de la religion probablement. Il y dépeint également une abbaye de Thélème où la pensée libre règne : « Fay ce que voudras parce que gens libérés, bien nez, bien instruictz, conversant en compaignies honnestes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faictz vertueux. » Hugo salue Rabelais en ces termes : « Rabelais a fait cette trouvaille, le ventre(…)Pendant que Luther réforme, Rabelais bafoue(…) Rabelais bafoue le moine , bafoue l’évêque, bafoue le Pape(…) Ce grelot sonne le tocsin. » C’est aussi l’esprit frondeur d’un Bussy-Rabutin. L’auteur de L’Histoire amoureuse des Gaules transgresse le Carême avec des amis, en 1659. Pour cela Mazarin l’assigne à résidence dans sa Bourgogne natale.

 

Cette généalogie pourrait nous conduire jusqu’à Épicure. Elle nous ramènerait toujours à cette question : pourquoi le banquet et la pensée libre font-ils si bon ménage depuis la nuit des temps ?

 

Nous pouvons en discerner une première raison. À Paris, avenue de Saint-Mandé, dans le haut lieu de la gastronomie libre penseuse qu’était le Salon des Familles, s’est déroulé en avril 1903, sous la présidence d’Octave Mirbeau, un repas gras auquel ont assisté mille convives. C’est d’ailleurs également en ce lieu que s’était tenu en 1895 le banquet Berthelot célébrant la science contre la foi, à la suite des attaques dont le savant avait été l’objet de la part de Brunetière dans La Revue des deux mondes. Le banquet de 1903, il y a un peu plus d’un siècle, se déroulait en pleine bataille pour la Séparation des Églises et de l’État. Il s’agissait alors d’instituer de manière durable la liberté de conscience et de refouler à tout jamais la religion dans la sphère privée. Il était alors question de parfaire les hautes valeurs de la République pour qu’enfin  prévalent les principes de la Révolution française qui, pas plus que la Commune de Paris, n’avait réussi à édifier un mur de séparation suffisamment solide pour résister à la réaction.

 

Un siècle plus tard, le travail n’est pas achevé. Il y a, bien sûr, les multiples attaques quotidiennes contre la laïcité que nous condamnons tous. Il y a, bien sûr, l’emprise croissante du cléricalisme sur la vie publique, alors même que l’indifférence religieuse atteint des sommets. Mais il y a désormais plus grave. Sur tous les fronts, la réaction entend remettre en cause la liberté de conscience par le développement des communautarismes qui sont facteurs d’aliénation et d’oppression.

 

 Nous assistons aujourd’hui à une offensive destructrice contre les acquis démocratiques et sociaux.  Le patronat, le gouvernement et les agents de l’Église catholique veulent assujettir comme dans le passé l’ouvrier à son patron. Le capitalisme veut détruire tout ce que la classe ouvrière a constitué pour la sortir de sa condition d’exploitation dans les entreprises où les travailleurs devaient être à la botte des patrons. Pour eux, comme pour la CFDT qui n’est pas un syndicat, mais une officine cléricalo-patronale, l’entreprise est une « communauté » donc l’ouvrier a les mêmes intérêts que le patron. L’un travaille et l’autre encaisse les bénéfices, mais tous sont unis pour le « bien commun », cher aux encycliques papales.

 

Les  syndicats ouvriers se sont constitués et les conventions collectives et les Statuts ont été conquis pour faire reculer l’exploitation et constituer le prolétariat comme une classe sociale dans la Nation. La contre-réforme de destruction du Code du Travail, qui voit commencer à se dresser contre elle des centaines de milliers qui deviendront des millions, ne vise qu’à enfermer de nouveau la classe ouvrière dans les entreprises et l’empêcher de se fédérer dans les branches professionnelles et sur le plan national.

 

 

C’est la Réaction sur toute la ligne

 

Cette tentative de destruction des acquis sociaux et émancipateurs intègre aussi une remise en cause de la liberté de conscience des salariés. Au nom d’une laïcité frelatée, ils veulent interdire aux travailleurs d’exprimer leurs opinions au sein des entreprises. Leur modèle, c’est la Charte de l’entreprise PAPREC qui interdit aux salariés d’exprimer leurs opinions religieuses ET politiques. Comme hier, pour eux aujourd’hui, le travailleur ne doit pas être un citoyen.

 

La seconde raison du compagnonnage du banquet et de la pensée libre est que l’un comme l’autre fait œuvre de civilisation. Le Banquet de Platon, au cours duquel s’expriment librement les points de vue sur l’amour, est l’archétype même du festin offert à ses amis par l’amphitryon. Mais le banquet grec est aussi public. Au temps de la Grèce classique, il est à Athènes une manière de célébrer la démocratie. Des représentants du peuple y sont conviés à tour de rôle. Le sage Périclès les apprécie, mais se méfie des agapes fastueuses organisées à des fins tyranniques par Alcibiade, l’aventurier qui trahit Athènes pour Sparte.

 

Plus près de nous, l’art de la table connaît son apogée au XVIIIe siècle en Europe. Il symbolise l’essor de la civilisation. Dès le siècle précédent, dans son traité des festins, Jean Muret note : « Le festin qu’on peut appeler l’âme de la société civile, regarde l’esprit aussi bien que le corps. Il ne diffère de la nourriture des bêtes que par l’agrément et l’honnesteté dont on l’assaisonne. » Voltaire lui fait écho longtemps après : « Cette liberté de table (liberté des propos et des opinions) est regardée en France comme la plus précieuse liberté qu’on puisse goûter sur terre. » Le banquet d’avant la Révolution française, dans certains milieux éclairés, est à l’image, en effet, de la fête de l’esprit qu’est le Siècle des Lumières.

 

La civilisation nous est, aujourd’hui, arrachée. L’impérialisme met en œuvre des moyens militaires considérables contre les peuples et les nations, même les plus démunis, pour imposer son ordre et s’approprier des richesses qui ne lui appartiennent pas. C’est la loi de la force brute que les peuples du monde entier, notamment les enfants de Benjamin Franklin, de Thomas Paine et de Thomas Jefferson, artisans infatigables de la République américaine et de la liberté de conscience, condamnent chaque jour. « La guerre est douce à ceux qui ne la connaissent pas » comme dit Érasme. Alors, imposons le banquet de la paix des peuples et des nations !

 

En France, c’est la République elle-même qui est atteinte au cœur. C’est pourquoi la Libre Pensée s’est associée immédiatement à la Ligue des Droits de l’Homme pour condamner l’état d’urgence et le processus de remise en cause de la nationalité. Nous n’acceptons pas que l’œuvre de la Révolution française soit mise à bas.

 

Parce qu’ils font œuvre de civilisation, alors multiplions les banquets comme nos aïeux de 1848 ou de 1903 pour rétablir l’unité et l’indivisibilité de la République, pour redonner force aux principes de liberté, d’égalité, de fraternité, pour imposer une stricte Séparation des Églises et de l’État en un temps où les gouvernements successifs s’emploient, au contraire, à les organiser ou à les reconnaître.

 

 

N’en déplaise à tous les thuriféraires du Vieux-Monde,

la Libre Pensée est à nouveau aux avant-postes du combat  laïque

 

La Libre Pensée a montré sa force, sa vigueur et son énergie dans le grand meeting laïque du 5 décembre 2015 où elle a su rassembler des milliers de participants, les grandes associations laïques et les syndicats ouvriers restés fidèles à la Charte d’Amiens.

 

Ce meeting a été convoqué pour la défense de la loi de 1905, contre le financement public des cultes, pour l’abrogation de la loi Debré. Cette revendication, que d’aucuns estimaient éculée et archaïque, refait surface avec une force inattendue. Et ce n’est pas fini. La Fédération nationale de la Libre Pensée a demandé à toutes ses Fédérations départementales  de dresser les inventaires des violations de la laïcité et des financements publics des cultes et de leurs œuvres.

 

Nous montrerons ainsi publiquement que la laïcité est ouvertement violée, principalement au profit de l’Église catholique. Elle est violée par tous ceux qui voudraient nous parler d‘autre chose à propos notamment de l’Islam et des musulmans. Les libres penseurs ne lâcheront jamais la proie pour l’ombre. Cette diversion savamment orchestrée ne vise qu’à diviser le mouvement laïque pour l’empêcher d’agir.

 

La roue de l’Histoire ne tournera pas à l’envers, pas plus sur la laïcité que sur le Code du travail et les acquis sociaux. L’émancipation humaine vit toujours dans la conscience des masses et on n’a pas fini de s’en apercevoir.

 

Ni dieu, ni maître, A bas la Calotte et vive la Sociale !

Rejoignez la Libre Pensée !

 

Je vous remercie.

 

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