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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Activités et actions départementales

La cour d'appel de Paris se prononce vendredi sur la compétence du juge français pour juger Facebook, dans le cadre d'une affaire initiée par L'Origine du monde de Courbet. Retour sur dix réalisations artistiques ayant engendré une sanction plus ou moins sévère de Facebook.

La liste exhaustive serait bien plus fournie. Cette dizaine d'œuvres d'art tombées sous le coup de la «censure» de Facebook permet malgré tout de saisir le caractère strict - et les ratés - de la politique de modération des contenus mise en place par Facebook.

Pour quelles raisons La Petite Sirène de Copenhague, Ema de Gerhard Richter ou la pochette de Nevermind seraient-elles incompatibles avec les conditions d'utilisation de Facebook? En réalité, elles ne le sont pas systématiquement.

Des œuvres comme L'Origine du monde ou la photo de nu de Laure Albin Guillot ont bien été volontairement retirées pour des raisons de nudité. D'autres, en revanche, ont simplement eu la malchance de subir les foudres des algorithmes destinés à repérer les contenus choquants, afin d'éviter qu'ils ne soient diffusés sur le réseau social. Ces décisions sont parfois également initiées par un grand nombre de signalements de la part des internautes, comme cela a été le cas avec la pochette d'album du groupe Justice.

Nudité ou pas, ces suspensions entraînent régulièrement la colère d'utilisateurs du réseau social. C'est d'ailleurs celle d'un instituteur parisien qui a donné naissance à la procédure judiciaire initiée par L'Origine du monde de Gustave Courbet et sur laquelle doit se prononcer la cour d'appel de Paris, vendredi.

La libre pensée des Alpes- Maritimes s'oppose à toutes les formes de censure de l'art, en particulier sur internet.

L'Origine du monde

Par Serge VERNHET

Le tableau de Courbet « L’Origine du monde » (1866) dévoile la vulve d’une femme dont on ne connaît pas l'identité.

Est-ce le sexe de Marianne?...

Eh bien, mes ami(e)s, je vous invite à examiner cette question au moment où le dit tableau se heurte à la censure des PDG des multinationales qui dirigent les moteurs de recherches et les réseaux sociaux dominants.

Le débat suscité autour des valeurs qui fondent cette œuvre majeure de l'histoire de l'art occidental (et de notre modernité en particulier) a désormais migré sur le plan judiciaire.

Les juges de la République française autoriseront-ils la publication et le partage de « L’ Origine du monde » de Courbet sur les réseaux sociaux : ou au contraire approuveront-ils la censure diligentée par les hébergeurs et autres fournisseurs d'accès?...

Là est la question.

Il en va de la survie de l'art laïque.

La question sous-jacente est celle-ci : doit-on ou non recouvrir la toison pubienne de la peinture de Courbet d'une feuille de vigne et à nouveau laisser l'Église (ou quelque autre autorité religieuse) légiférer quant à nos mœurs?...

Le phénomène n'est pas sans précédent ; en matière d'art et de bonnes moeurs, le débat est fluctuant et ponctué d'évolutions (ou considérées comme telles) assorties à autant de régressions (ou considérées comme telles)...

Peu avant Courbet, le sculpteur Jean-Antoine Houdon (1741-1828) avait déjà fait l'expérience de la relativité temporelle de la décence et de l'interdit en matière de nu (artistique) avec la sculpture de « Diane chasseresse » que l'artiste avait produite l'an 1790.

Jean-Antoine Houdon, quand il a réalisé « Diane chasseresse » jouissait de la liberté d'expression sexuelle que les libertin(e)s avaient conquise aux dix-sept et dix-huitième siècles.

Dans ces conditions, l'artiste surnommé « Le sculpteur des Lumières » avait pu s'éloigner de l'idéalisme de la statuaire antique grecque et le maître de la sculpture française avait sculpté le sexe de « Diane chasseresse » avec force détails anatomiques.

Mais entre-temps la monarchie avait été rétablie en la personne du roi Charles X (1757-1836) et le partenaire ecclésiastique du monarque avait retrouvé toute son influence ; c'est pourquoi, l'an 1829, la fente de la vulve de « Diane chasseresse » telle qu'elle avait été sculptée par Houdon : jugée trop proche du "vrai" avait été "rebouchée et martelée".

L'histoire se répète aujourd'hui, l'an 2016, avec la prise de contrôle des autoroutes de l'information par les sociétés de l'Internet cotées sur le Nasdaq (le marché électronique d'actions des États-Unis).

Le tableau de Courbet « L’ Origine du monde » (1866) résistera-t-il à l'élargissement de nos espaces muséographiques vers les cimaises digitales dominées par Silicon Valley?...

Oui/Non?... Beau/Pas beau?... J'aime/J'aime pas?... Emoji?...

Les dirigeant(e)s des premières entreprises de technologie américaines seront-ils/seront-elles bientôt seul(e)s juges de ce qui est (re)présentable et peut ou non être (re)présenté et sous quelle forme?...

D'aucun(e)s le redoutent.

D'autres, au contraire, se réjouissent de cette censure de l'œuvre de Courbet ; selon ces dernier(e)s : ladite interdiction démontre l'incapacité de Silicon Valley à absorber, réduire, uniformiser, normaliser et finalement (con)fondre au format digital la totalité de la production artistique : quelque chose résiste.

Et ce quelque chose c'est la peinture figurative.

Au commencement était la peinture figurative...

L'histoire de l'art est très ancienne : les premières manifestations des peintres figuratifs ont été conservées sur les murs des grottes du paléolithique dont le sanctuaire de Lascaux est l'emblème le plus connu, le plus achevé, le plus représentatif.

Dans les entrailles de la grotte ornée de Lascaux, parmi les taureaux, les chevaux et autres vaches rouges évoluant sur les parois, il est une œuvre qui surprend : c'est la « Scène du Puits ».

La « Scène du Puits » a été peinte au fond d'un puits d'une profondeur de 5 mètres ; ainsi, l'œuvre pariétale est difficile d'accès, dissimulée, cachée, voire secrète, et peut-être était-elle même réservée aux seule(e)s initié(e)s...

Au regard de son emplacement, la « Scène du Puits » obéit certainement à un code de pudeur, car ladite scène représente entre autres un homme ithyphallique à tête d'oiseau : le mot "ithyphallique" pour dire que le phallus de ce mâle humain est en érection.

Lascaux, c'était il y a peu ou prou 17 000 ans : le musée tel que nous le connaissons dans sa forme actuelle existait donc déjà il y a 170 siècles à ceci près qu'entre-temps les murs de la grotte ont changé de bâtiment.

D'aucun(e)s surnomment la grotte de Lascaux la « chapelle Sixtine de l'art pariétal » pour caractériser la sacralité de la peinture et la naissance de l'art à cet endroit précisément : dans le Périgord noir, le long de la vallée de la Vézère, sur la commune de Montignac (Dordogne), en France.

Selon les paléoanthropologues, les premières représentations artistiques de la vulve de la femelle humaine sont estimées à quelque 500 siècles d'âge... La peinture figurative est le miroir dans lequel mes ami(e)s nous avons découvert notre premier visage ; puis notre humanité ; enfin les premières mises en scène de notre sexualité.

Laquelle a ultérieurement dépassé la fonction de procréation et de simple reproduction pour évoluer vers l'érotisme.

En quête d'immortalité, les hommes et les femmes des périodes antédiluviennes puis des siècles passés auront donc inventé l'art pour nous transmettre le désir tel qu'ils/elles ont réussi à le révéler grâce aux signes picturaux : le retour shakespearien du spectre de Gustave Courbet au premier plan de notre actualité en témoigne.

La question du voile (de pudeur) est posée.

Ainsi, plus d'un siècle après avoir disparu le peintre opposé aux sept péchés capitaux a réapparu et placé Mark Zuckerberg et les avocats de Facebook en première ligne de son offensive posthume.

Le revenant connu à l'état-civil sous le nom de Courbet a du métier et ses coups (de pinceau) portent loin : la postérité du peintre de la réalité clitoridienne et pénienne prendra-t-elle l'avantage sur celle du premier Adam, réputé androgyne?...

L'âme du Chef de file du courant réaliste a été condamnée à la "mort spirituelle" par les autorités catholiques, mais l'artiste n'a pas dit son dernier mot ; le peintre en a vu d'autres : pendant l'épisode de la Commune l'homme a mangé du rat pour survivre ; puis l'artiste a connu la ruine, la prison, enfin l'exil, mais les tableaux du maître ont continué à s'imposer...

Le tableau « L’ Origine du monde » est maintenant conservé au musée national d'Orsay : c'est une oeuvre législative qui correspond dans les Écritures de la République au texte de Loi de Séparation de l'Église et de l'État de l'an 1905...

Quand, l'an 1866, l'artiste a peint « L’ Origine du monde » - trois révolutions avaient eu lieu en France les ans 1789, 1830 et 1848 : la tentative de laïcisation de l'État avait échoué, mais le peintre, républicain convaincu, avait continué à résister.

Né en France, à Ornans, le 10 juin 1819 : Courbet voulait libérer les arts de la tutelle de l'Académie des Beaux-Arts dont les fondements remontaient à l'Académie royale de peinture et de sculpture qui avait été mise en place sous Louis XIV l'an 1648.

L'artiste était déterminé à éliminer « un tas de vieux imbéciles qui n’ont rien pu faire dans leur vie et qui cherchent à étouffer les jeunes gens qui pourraient leur passer sur le corps »...

Alors, dans le prolongement du Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, Gustave Courbet a défié l'État.

L'attaque a été diligentée l'an 1849 au Salon de peinture et de sculpture qui avait été créé par le cardinal Mazarin (1602-1661).
Contre toutes les règles établies, dans son tableau « L'Après dînée à Ornans » l'artiste a représenté un personnage de dos et la nomenklatura toute entière s'est retrouvée sens dessus dessous, car jamais personne n'avait encore osé tourner le dos au Roi-Soleil!...

De la même façon, avant de mourir en exil à La Tour-de-Peilz, en Suisse, le 31 décembre 1877 : Courbet a défié la papauté.

Courbet a refusé d'amputer la peinture de son sexe féminin pour la soumettre au culte exclusif d'un dieu de sexe masculin.

Courbet n'a pas cru à la monstruosité de la vulve : Courbet a représenté le sexe féminin dans sa nudité tel qu'il était au jardin d'Éden avant que les Pères de l'Église en fassent la « Porte du Diable »...

Courbet l'a décrété : le sexe féminin est beau.

L'artiste a délivré la peinture du joug de l'Église qui soumettait les artistes aux interdits liés à la conception de la sexualité telle qu'elle avait été écrite par les Pères de l'Église : tous chastes et inexpérimentés en la matière.

Gustave Courbet a repris (l'espace symbolique de) la peinture aux papes et aux rois qui avaient de concert soumis les arts : les premiers pour gouverner les consciences - les seconds pour contraindre les corps.

Issu d'une famille aisée de notables de province, Courbet n'a jamais adhéré au dogme de la foi catholique redéfini l'an 1854 par le pape PIE-IX (1792-1878) : l'artiste a refusé de haïr la chair.

Le peintre a refusé d'idéaliser/mortifier le corps humain.

L'artiste a renoncé aux canons de la beauté antique pour peindre le corps humain dans la vérité de sa chair - avec des bourrelets quand il y avait des bourrelets en réalité : à la peinture du beau le peintre a opposé la peinture du vrai.

 

Gustave COURBET (1819-1877)

Gustave COURBET (1819-1877)

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