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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

La réponse du magistrat de Nantes qui a fait le jugement sur la crèche de Vendée.

 

Un peu d'ironie en ce moment est bon pour la santé morale des Français..." Sans doute. Mais même avec un peu d'ironie, on a le droit de dire la vérité. Je ne suis pas l'âne. Mais voici mon braiment. 

 

Cher Monsieur Santon, Mesdames et Messieurs les potentiels Justiciables et actuels Citoyens, 

 

J'ai moi aussi pris connaissance de cette décision puisque je l'ai rédigée... Et je l'ai relue comme tous ceux, j'imagine, qui la commentent. A toutes fins utiles, et si par extraordinaire certains en parlaient sans l'avoir lue, vous pourrez tous la trouver en suivant ce lien. 

 

Vous avez raison, j'ai fait des études. De droit en l'occurrence. Celles qui me permettent de prendre des décisions au nom de la République et du peuple français, dans sa globalité et sa diversité. Celles qui m'évitent de juger en utilisant mes seules émotions. Celles qui permettent à certains de mes confrères de condamner les gens non pas pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils font. Celles qui font que, précisément, aucune mouche ne me pique. 

 

La crèche ne montre pas la naissance du Père Noël

 

Je vous remercie de m'avoir si brillamment rappelé que "Noël" venait du latin "Natalis" qui signifie "Naissance", car il est vrai que mes études de droit m'ont plutôt amené à parler du présent qu'à étudier une langue morte depuis déjà très longtemps. Vous avez raison, et je vous remercie une nouvelle fois de me l'avoir rappelé, Noël correspond à la naissance de Jésus de Nazareth. Ce fameux Jésus de Nazareth que, dans certains cercles bien informés, on appelle aussi le Christ ou le fils de Dieu. Mais il est amusant que vous le rappeliez car tel est justement le problème. 

 

Ne vous en déplaise, c'est bel et bien parce que la crèche est la représentation de cette naissance que j'ai décidé qu'il fallait la retirer... Si, si, je vous assure! Si ladite crèche avait représenté la naissance de ce Père Noël dont vous parlez, elle serait restée sur place... La difficulté de celle du conseil général de Vendée, c'est précisément qu'elle représente la naissance du fils de Dieu, celui de l'une des trois plus grandes religion monothéiste au monde. La naissance de celui dont la vie fonde l'ensemble de la religion chrétienne. La naissance de celui que son père décidera même, certes un peu plus tard puisqu'il va seulement naître dans quelques jours, de ressusciter d'entre les morts.

 

J'ai mes traditions, mais je ne les impose pas

 

Vous avez parfaitement raison Monsieur Santon, il s'agit effectivement d'une tradition. Très exactement, il s'agit même d'une tradition chrétienne. Et vous avez encore raison, je suis moi-même très friand des traditions. En revanche, et je suis désolé si je casse ici une croyance ancrée en vous, les juges des juridictions administratives ne portent pas de robes... Ils ne sont même pas magistrats... J'espère ne pas vous avoir ainsi gâché vos fêtes de fin d'année! Mais il n'en demeure pas moins que je suis effectivement un adepte forcené des traditions. Des traditions républicaines dans mon tribunal, et des traditions liées à mes convictions personnelles dans tous les lieux qui ne sont pas une émanation de l'Etat. Car celles qui me sont propres, je n'ai pas à les imposer aux autres. Ca s'appelle la liberté de conscience. Et contrairement à la crèche, cette fameuse liberté figure dans les textes qui fondent le pays dans lequel je vis. Celui qui ne croit pas doit pouvoir aller dans les établissements de l'administration sans qu'on lui impose une manière de penser ou de voir les choses. Ces établissements sont dits "publics" parce qu'ils rendent des services publics, Ils sont ouverts à tous, mais surtout créés pour tous! 

 

La religion et l'Etat sont séparés, pour le meilleur

 

Quoi qu'il en soit, puisque c'est la seule chose pour laquelle j'ai un semblant de légitimité, permettez-moi d'en revenir au droit. A mon tour, mes études me permettent de vous rappeler que, en 1905, nos concitoyens ont accepté le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Et qu'à ce jour, tel est toujours le cas. Notre histoire commune avait en effet permis de mesurer les limites et les risques liés au mélange des genres. J'imagine d'ailleurs que vous êtes satisfait de pouvoir aller voter pour décider du nom de ceux qui vous gouvernent plutôt que de prêter allégeance "au fils de" qui se prétendait lui-même descendant de Dieu... Certes, force est de constater que le peuple n'a pas toujours raison (surtout en ce moment...), mais au moins il choisit! Je suis sûr également que vous êtes satisfait du fait que notre beau pays ne fasse plus de guerres au nom d'obsolètes territoires religieux ou d'une volonté sauvage de prosélytisme. D'aucuns le font encore, et nous les combattons. Mais à la limite, tel n'est pas le sujet. 

 

Les règles existent et n'ont pas, à ce jour, été modifiées. L'Etat et l'Eglise cohabitent mais ne collaborent plus. L'article 28 de cette loi que vous reniez applique de manière très concrète le principe posé. Si l'Etat n'est pas l'Eglise il ne peut y avoir dans les établissements de l'Etat de représentation de la religion. Sachez d'ailleurs que "l'Eglise", dans ce texte, doit désormais s'entendre au sens large. On dirait plutôt aujourd'hui séparation de l'Etat et de la religion. C'est ce qui vous évite d'aller en préfecture chercher votre carte grise pendant que des musulmans égorgent un mouton dans le hall d'entrée... C'est ce qui vous permet d'assister à des mariages dans des mairies le samedi avec de l'électricité... Que diriez-vous si tel n'était pas le cas? Me saisiriez-vous de la difficulté pour que je fasse immédiatement cesser cette pratique? 

 

Aucun texte ne parle de "tradition chrétienne"

 

La Constitution, La déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et plus généralement la loi, posent des principes que j'ai l'obligation d'appliquer. Ceux de la liberté de conscience, ceux de la laïcité, celui de la séparation de l'Etat et de la religion. En revanche, ne vous en déplaise, aucun texte ne pose le principe qu'une religion domine les autres. Pas plus d'ailleurs que le fait que la France serait un pays de "tradition chrétienne". Vous avez le droit de ne pas être d'accord. Mais si vous voulez que ça change je vous invite à vous faire élire à la présidence de la République ou à l'Assemblée nationale pour faire valoir votre position. Et pour ce faire, il vous faudra convaincre le peuple français. Quant à moi, petit juge que je suis, je me ferai un plaisir de faire appliquer la loi que vous aurez fait voter. Exactement comme je le fais aujourd'hui avec l'arsenal dont je dispose. 

 

Un détournement indécent du sens de la crèche

 

Vous le savez sans doute, vous qui êtes si bien instruit, mon tribunal est le lieu par excellence de la contradiction et du débat. J'aurai préféré vous lire sur la question des principes, sur leur éventuelle modification, ou encore sur votre souhait de vous engager dans la campagne de 2017. En revanche, je trouve regrettable que vous tentiez de tirer une larme à vos lecteurs en prônant le caractère universel de la crèche. Le penser est déjà très subjectif. Mais le détourner en se prévalant des "sans logement", des "Arabes", des "africains", des "agriculteurs" et même des animaux est presque indécent. Pour tous ces gens-là, la crèche ne représente sans doute pas ce que vous voulez lui faire dire. Je doute que les sans logement trouvent un réconfort à l'installation d'une crèche dans un conseil général. Je doute que le sujet intéresse les Juifs. Je doute également que les agriculteurs, qui traversent précisément de graves difficultés, puissent se satisfaire de la récupération risible que vous faites de leur situation. Parler pour vous sera déjà amplement suffisant. 

 

Le 25 décembre est un jour férié dans le calendrier républicain. Je n'irai donc pas au travail. Je passerai ce jour de fête en compagnie de ma famille. Je déposerai sous le sapin de Noël les cadeaux pour mes enfants en leur disant que le Père Noël est passé (ils ont 28 mois et 6 mois...). Je leur ferai installer Jésus dans la crèche pour leur rappeler que j'ai des convictions et que j'aimerais qu'ils les partagent. Je ferai tout ça chez moi, avec ceux que j'aime. 

 

Je vous souhaite à mon tour un très joyeux Noël, ainsi qu'une année 2015 pleine de succès électoraux.

 

L'Ane du Tribunal Administratif de Nantes


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/lettre-ouverte-a-m-jean-pierre-santon_1633436.html - oG4uBholdOGYZsIB.99

 

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