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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Documentation LP 06

Beaucoup ont été étonnés par la décision de F. Hollande de ne pas réhabiliter les Fusillés pour l'exemple, mais cette décision honteuse a au moins un avantage qui est de revenir sur l'histoire du Parti socialiste qui est, depuis 1914, un parti militariste. L'accusation n'est pas légère et nous allons pourtant, dans les quelques pages disponibles ici, essayer de l'étayer sans prétendre à l'exhaustivité.

 

Le ver était-il dans le fruit ?

 

La question n'est pas anodine et le lecteur honnête peut par­faitement croire à la version d'une S.F.I.O. (Section Française de l'Internationale Socialiste) totalement et intégralement opposée à la guerre. Il est vrai qu'elle s'opposa farouchement, en 1913, à la « Loi des trois ans » qui gardait dans les casernes les soldats pour trois ans. Une mobilisation populaire de grande ampleur s'en suivit. Mais certains attendus et certains considérants jettent, rétrospectivement, un certain trouble. Ainsi, tous les articles de L'Humanité consacrés à cette loi figurent sous la rubrique « Pour la défense nationale ». Mais cela ne correspond déjà plus pleinement aux origines et à la dénomination internationalistes de la S.F.I.O.

 

1914 et l'Union sacrée

 

L'assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, à la veille de la guerre et comme le premier acte de cette dernière, lève toutes les hypothèques et les tendances centrifuges que sa forte per­sonnalité contenait. Dès le 2 août, il y a un basculement total avec le discours de Vaillant, dirigeant socialiste de premier plan, qui déclare « en présence de l'agression, les socialistes accompliront tous leur devoir pour la patrie ». Le 4 août, les députés socialistes unanimes votent les crédits de guerre, et le 26 août, la SFIO est représentée dans le gouvernement d'Union sacrée avec Guesde, le fondateur du marxisme en France, qui se renie en affirmant : « La France n'aura pas de plus ardents défenseurs que les socialistes du mouvement ouvrier. », avec M. Sembat, Ministre des Travaux Publics, dont le Directeur de cabinet est Léon Blum, avec Albert Thomas, à partir de mai 1915, sous-secrétaire d'Etat de l'Artillerie et des Munitions jusqu'au 12 décembre 1916 ; la rupture de l'Union sacrée inter­vient seulement en septembre 1917.

Seuls les députés Brizon, Blanc, Raffin-Duggens votent contre les crédits de guerre à partir de 1916. Expulsé de France par le gouvernement, le révolutionnaire russe Trotsky envoie une lettre ouverte à Jules Guesde « descendez de votre auto­mobile militaire, Jules Guesde ». Depuis 1914, les dirigeants socialistes n'en sont jamais descendus.

 

Le Front Populaire et la Guerre

 

Comme on le sait, la SFIO ne revient au pouvoir qu'en 1936. Au procès de Riom en 1942, Vichy essaie de faire retomber sur Léon Blum et son gouvernement la responsabilité de la défaite de 1940, en raison d'un supposé « pacifisme » de la SFIO. Que répond Blum ? Il montre qu'en fait, c'est son gouvernement qui a le plus fait pour armer la France. Le 7 septembre 1936, le Conseil des Ministres adopte un plan sur 4 ans pour l'armement terrestre et, alors que l'Etat-Major souhaitait neuf milliards de francs, le gouvernement en accorde quatorze. Il en est de même pour la construction de 1 500 avions de combat.

On peut cependant noter que le tempérament militariste de la SFIO a connu au moins une exception : lors du coup d'Etat de Franco, renversant un gouvernement ami et voisin, provoquant la guerre civile en Espagne, malgré les protesta-tions et injonctions, le Front populaire français se refuse à toute intervention... Notons seulement le cri d'extase de Blum envers un chef militaire : Dans Le Populaire du 3 mars 1939, il décrit Philippe Pétain comme « le plus noble et le plus humain de nos chefs militaires ». Lionel Jospin, cherchant en 1997 à distinguer le Pétain de 1917 du Pétain de 1940, n'aurait pas mieux écrit.

 

La IVe République

 

Revenu de déportation, Blum, au nom de la SFIO, déclare : « La défense du pays a toujours été à nos yeux un devoir. Aussi longtemps que la puissance militaire reste le moyen ou l'un des moyens indispensables d'assurer cette défense, nous en acceptons la nécessité, à ce titre et dans cette mesure. Mais elle n'est pas pour nous un but, un idéal, car elle n'est pas un élément permanent, organique, de la grandeur de notre pays. Ce qui est et ce qui demeure notre but, notre idéal, c'est d'assurer la défense de la France, conjointement avec celle de toutes les autres nations, par d'autres moyens que la puissance des armées nationales, je veux dire par une organi­sation vraiment efficace de la sécurité collective.

Notre but, notre idéal est et demeure de substituer, en tant que garantie de la paix, une souveraineté internationale aux armements nationaux. La forme la plus élevée du patriotisme, à nos yeux, est et demeure, non pas de pousser notre pays à porter au plus haut point sa puissance militaire, mais d'en faire l'interprète, l'agent, le précurseur des idées qui répondent à sa vocation particulière dans le monde et sur lesquelles finira bien par se fixer tôt ou tard la conscience universelle. »

La carrière ministérielle de la SFIO sous la IVe République res­semble à un livret militaire. Cela commence avec le massacre en Algérie des émeutes de Sétif et Guelma le 8 mai 1945 : plu­sieurs milliers, voire dizaines de milliers de morts y compris par l'aviation et la marine. La SFIO comprend plusieurs ministres (elle n'est pas seule : le PCF aussi). A Madagascar, en 1947, la révolte indépendantiste est écrasée par les troupes du gouver­nement Ramadier (le nombre de morts est encore imprécis ; on parle d'Oradour à Madagascar ; des « suspects » sont jetés vivants par avion pour terroriser la population). La guerre d'In­dochine commence en 1947, mais la SFIO n'entre en opposition au gouvernement qu'à partir de mars 1952.

Mais la guerre n'est pas seulement dans les colonies : en octobre 1948, pour briser la grève des mineurs, le Ministre de l'Intérieur SFIO Jules Moch envoie 60 000 CRS et soldats. Des images d'archives montrent les chars d'assaut sur les carreaux des mines. La répression est sévère, plus de 3 000 licencie­ments, six morts et de nombreux blessés. Le même Jules Moch organise en 1950 la participation française à la guerre de Corée.

 

L'Algérie

 

Il est impossible de parler du militarisme de la SFIO sans parler de la guerre d'Algérie ; Il est difficile de le faire en quelques lignes. Essayons quand même. En 1956, le Front Républicain, coalition autour de la SFIO, remporte les élections sur la pers-

pective d'en finir avec cette guerre « imbécile et sans issue » (dixit Guy Mollet, Secrétaire général de la SFIO, inamovible pendant la IVe République). Pour des raisons qu'il n'est pas loi­sible de traiter ici, il fait l'inverse et obtient les pleins pouvoirs (avec les voix des députés PCF, ne l'oublions pas).

Cela va avoir une conséquence brutale : Robert Lacoste, diri­geant socialiste, est nommé Gouverneur général de l'Algérie. Il va y rester deux ans, totalement appuyé par le gouvernement SFIO et par son Parti (il ne sera jamais sanctionné alors que des opposants, même modérés, à la guerre vont être suspen­dus ou exclus). C'est lui qui va remettre les pouvoirs de police à Alger aux paras (Bigeard, Massu, Aussaresses, pour les plus connus). Il va justifier publiquement et sans cesse l'usage de la torture. Le vrai coupable de la « bataille d'Alger», le responsable en chef des tortures et des exécutions, c'est Robert Lacoste, diri­geant socialiste et futur sénateur jusqu'en 19801. Le militarisme français sous pavillon SFIO innove : le premier détournement d'avion pour arrêter les chefs de la Révolution algérienne est à l'initiative de ministres socialistes (il est vrai qu'un autre ministre SFIO, Alain Savary, démissionne pour protester).

Toujours en 1956, année historique s'il en fut, pour empêcher la nationalisation du canal de Suez par l'Egypte, G. Mollet, président du Conseil, envoie les parachutistes français sur Port-Saïd (pour ensuite rembarquer piteusement) après avoir comparé le nationaliste égyptien Nasser à un nouvel Hitler (décidément, en termes de propagande, BHL n'a rien inventé)

 

La Ve République

 

Le même G. Mollet, Ministre d'Etat sous de Gaulle, est un des rédacteurs de la Constitution bonapartiste et militariste de 19582. Cherchant à revenir au pouvoir et devenu Parti socia­liste, cette organisation garde son militarisme. Ainsi, dans le fameux Programme commun de 1972, rédigé avec le PCF, on lit : « le gouvernement comptera sur le loyalisme sans faille des officiers et des sous-officiers » ; l'année suivante, le coup d'Etat militaire au Chili, d'une part, les manifestations de lycéens et d'étudiants contre la loi militaire Debré (suppri­mant les sursis) d'autre part, ruinent cette virile affirmation.

 

Mitterrand

 

Arrivé au pouvoir le 10 mai 1981, Mitterrand n'est pas, dans les premiers jours de sa présidence, dans les bonnes grâces de l'appareil militaire. Cela va vite changer, il nomme comme ministre de la Défense, Charles Hernu, qui avait été empri­sonné d'octobre 1944 à début 1945 pour sa responsabilité dans des organisations vichystes. Ce dernier, considéré comme spé­cialiste des questions militaires, impose le tournant nucléaire.

Voici une liste incomplète des opérations militaires du Président socialiste : le 10 juillet 1985, un bateau de Greenpeace est dynamité dans le port d'Auckland en Nouvelle-Zélande par des agents français, un photographe est tué. Hernu doit démissionner deux mois plus tard, mais on subodore que le sommet de l'Etat était informé. Au moment de la crise des missiles en 1983, Mitterrand soutient l'installation des missiles Pershing en Allemagne «je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est. ». Au Tchad, se succèdent les opérations Manta puis Épervier.

Il y a l'assaut de la grotte d'Ouvea en Kanaky en avril 1988 : 21 morts (deux militaires et dix-neuf indépendantistes calé­doniens). Il est vrai ici que les responsabilités sont partagées avec le gouvernement Chirac. Il faut mentionner les opéra­tions de guerre en Bosnie, en Irak en 1991 (première guerre du Golfe), au Liban. Comment ne pas évoquer dans cette énumération macabre, le Rwanda et la responsabilité directe de l'armée, donc du gouvernement français, dans les massacres  (les révélations se succédant sur cette question) avec les opé­rations Noroit, Amaryllis, Turquoise ? Combien de noms poé­tiques pour des actions dégoulinantes de sang !

Nous ne reviendrons pas sur les années plus récentes (gouver­nement Jospin, présidence Hollande, leurs multiples expédi­tions militaires, le protocole armée-jeunesse, le refus de Lionel Jospin de réhabiliter les Fusillés pour l'exemple, précédant celui de Hollande). Tous ces exemples sont connus des lec­teurs de La Raison qui peuvent s'y reporter facilement.

 

Pour finir

 

De cette longue et fastidieuse chronologie incomplète, une certitude se dégage sans peine : le Parti Socialiste est un parti militariste. Il faut le dire, sans compromission. Pourquoi cette permanente surenchère militariste ?

Le Parti socialiste, tout peu socialiste qu'il soit, ne peut échap­per à ses origines et à ce qui, à tort ou à raison, est attaché à son nom (ce n'est pas un hasard si les plus ouverts partisans de l'ordre - comme Valls - proposent sans cesse de changer le nom du Parti socialiste). C'est un péché originel ineffaçable. Le Parti socialiste, depuis qu'il est devenu un parti militariste, défenseur de l'ordre bourgeois, il y a plus d'un siècle, doit tou­jours danser la danse des mille voiles auprès des militaires. Il doit toujours payer son droit d'entrée, en permanence renou­velé. C'est le propre des reniements. En général, cela ne porte pas chance à ceux qui se livrent à cet exercice.

Ebert, dirigeant socialiste allemand, premier Président de la République de Weimar, écrasa les tentatives révolutionnaires de 1918-1919 (dont l'assassinat de Rosa Luxembourg) ; il n'en fut pas moins accusé de haute trahison par la droite et mourut peu après le procès. Allende nomma Pinochet chef des armées chiliennes ; Pinochet organisa le coup d'Etat que l'on sait en 1973. Les « socialistes » militaristes finissent tou­jours victimes des militaristes tout court.

Est-ce que, dans ce Parti socialiste, des militants sont ou ont été antimilitaristes ? Bien évidemment oui, mais s'ils le sont et s'ils l'ont été, ce fut toujours et c'est toujours contre leur Parti. Ainsi, en pleine guerre d'Algérie, un certain Marc Blondel...

Jean-Marc Schiappa

Notes :

1  Pour ne pas alourdir cet article, renvoyons à J.Dusseau- P.Brana, Robert Lacoste
(1898-1989) - De la Dordogne à l'Algérie, un socialiste devant l'histoire, 2010.

2  Voir L'Idée Libre n° 297, « Regards sur la Ve République ».

La Raison n°594 - septembre/octobre 2014


 

 

 

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