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Fédération de la Libre Pensée des Alpes-Maritimes

Association de recherche philosophique et d'action sociale - Adhérente à la fédération nationale de la Libre Pensée - Ni dieu, ni maître ! A bas la calotte et vive la Sociale !

Publié le par librepensee06.over-blog.com
Publié dans : #Communiqués nationaux

Exposé introductif au IVe Congrès de l’Association Internationale de la Libre Pensée, par Keith Porteous Wood, Directeur Exécutif de la National Secular Society (Royaume-Uni), le 11 août 2014 à Conway Hall – Londres – UK

JPEG - 60.5 ko Keith Porteous Wood

Il me faudrait plus de temps que ce que nous avons aujourd’hui pour dresser l’inventaire de tous les abus sexuels commis par des prêtres connus à ce jour. Je vais me concentrer sur quelques analyses et conclusions – et plus important encore, sur ce que nous pouvons faire tous ensemble dans le futur.

 

Il faut d’abord se mettre d’accord sur les termes utilisés. Je vais utiliser le terme d’ « abus sexuels sur des enfants » tout au long de mon exposé parce que c’est l’expression consacrée, mais c’est un peu court. Il faudrait plutôt dire “viol d’enfants et autres violences à l’encontre de mineurs, incluant aussi bien des violences psychologiques et physiques que sexuelles”.

 

Pourquoi nous concentrons-nous sur les institutions catholiques ?

 

Les institutions ont eu particulièrement tendance à pratiquer ces abus parce que leurs pensionnaires étaient, pour la plupart, complètement coupés de la société et sous la coupe du personnel. Nous mettons l’accent sur les abus commis par des prêtres, en particulier dans les institutions, pour des raisons de respect de la laïcité et en particulier sur le pouvoir considérable du personnel de tels établissements, au moins dans le passé. Il y avait là un plus grand nombre d’opportunités pour les membres du clergé d’abuser de mineurs en exerçant leurs charges, et les institutions religieuses ont bien trop souvent échappé à la justice civile, contrairement à leurs homologues civils.

 

La plupart, si ce n’est la totalité des religions, ont perpétré des abus sexuels sur des enfants et ceux-ci ont été quasi systématiquement camouflés. J’ai été alerté sur de telles pratiques pour ce qui concerne les Juifs, les Musulmans, les Anglicans.

 

Alors pourquoi mettons-nous davantage l’accent sur l’Église catholique ? Est-ce une forme voilée d’anticatholicisme ? Bien sûr que non. L’ampleur des abus sexuels découverts au sein de l’Église catholique au cours des récentes décennies est largement supérieur à ceux pratiqués par toutes les autres religions confondues. Il n’est pas crédible de dire que ces révélations sont dues à un anticatholicisme, ni de dire que des abus à une même échelle ont été pratiqués par les autres religions sans que cela soit connu.

 

Qu’y a-t-il derrière ce problème ?

 

Ce n’est pas un problème nouveau. Il existe depuis plus d’un millier d’années et il est apparu probablement dès les premiers jours de l’Église catholique. Dans beaucoup de pays où l’Église catholique tient une place prédominante, il y avait une obligation de se marier, la seule exception à cela était pour ceux qui choisissaient la vie religieuse ; eux se voyaient interdire le mariage. Ceux qui étaient incapables de se marier, peut-être parce qu’ils n’étaient pas hétérosexuels ou ne pouvaient pas avoir de relations avec des adultes du sexe opposé, pouvaient échapper à la mise à l’index en choisissant la vie religieuse en tant que prêtre, nonne ou autre.

 

Faire ce choix ne dissipait pas bien sûr la frustration sexuelle de ces personnes, ni même celle de leurs collègues hétérosexuels. Ils étaient tous cloîtres dans une institution, à l’écart des regards du public et en leur « fournissant » des enfants, on leur donnait ainsi la possibilité d’avoir un rôle dominant. Très souvent cela a conduit à l’abus sexuel sur les enfants. Ces abus devinrent endémiques, et les auteurs de ces actes étaient trop nombreux pour que la hiérarchie les chasse, même si elle l’avait voulu. Les responsables au plus niveau de ces structures réalisèrent que la seule stratégie de survie pour eux-mêmes et pour les institutions était de taire et de nier toute accusation et de s’assurer que celles-ci ne parviennent pas aux autorités civiles.

 

Je souhaiterais examiner brièvement les variations de fréquence des cas connus d’abus sur des enfants dans différents pays. Pourquoi l’Irlande est-elle, pour autant que nous le sachions, le pays où le nombre de ces cas est le plus élevé ? C’est surprenant à double titre, étant donné la réputation de l’Irlande pour son sens de l’humour et de l’hospitalité. La clé est peut-être dans le fait que l’Irlande avait une tradition (mais beaucoup moins maintenant) profondément religieuse. Je pense que cette ferveur « autorisait » les religieux à faire ce qu’ils voulaient, dans la mesure où ils le pouvaient sans aucun risque de contestation. Dans les rares cas où une plainte était déposée contre un acte de malveillance commis par l’Église, la police contactait systématiquement l’évêque. Ce dernier faisait sans doute quelques commentaires rassurants et les problèmes continuaient.

 

Il y a 100 ans, les Irlandais firent sécession avec le Royaume-Uni et l’establishment britannique laissait le pouvoir vacant. Celui-ci fut alors assumé – opportunément – par l’Église. Le gouvernement de la nouvelle République était presqu’entièrement constitué de catholiques et je soupçonne que beaucoup étaient plus loyaux envers leur Église qu’envers leur État. L’Église catholique était de fait un département de l’État, ou était-ce l’inverse ? Quoi qu’il en soit il n’y avait pas de Séparation entre l’Église et l’État.

 

En d’autres termes, la cause principale des problèmes en Irlande est l’absence de Séparation. Et ceci s’applique, peut-être pas au même point, à d’autres pays. L’habileté du Vatican, qui consiste à faire en sorte que toutes les accusations soient envoyées à son propre « État souverain », hors d’atteinte des autorités civiles laïques, constitue à la fois l’antithèse de la laïcité et une autre cause de l’absence de poursuites contre tous les coupables de ces abus.

 

J’ai été très étonné d’entendre le représentant du Saint-Siège aux Nations Unies, l’archevêque Silvano Tomasi, déclarer en janvier dernier devant le Comité des Droits de l’Enfant : “Dans les pays occidentaux, il y a pénurie de prêtres et c’est là qu’il y a le plus d’abus.” Peut-être voulait-il que nous en concluions que les prêtres abuseurs n’avaient pas été poursuivis en Occident en raison de leur pénurie, mais que cela ne s’appliquait pas au reste du monde ?

 

De plus, il est généralement admis que des coupables des pays occidentaux ont été envoyés dans les pays en voie de développement, loin des regards indiscrets de la presse, mais il semble peu probable que la grande majorité d’entre eux n’ait pas continué leurs « activités » néfastes. Pour ma part, je pense que, de plus en plus, nous entendrons parler, à des niveaux inquiétants, de cas de prêtres partis des pays occidentaux, ayant poursuivi leurs actes criminels. Et c’est ce qui a commencé à se produire en Amérique du Sud.

 

La nature des abus et leurs effets

 

Et nous ne devons pas ignorer les abus qui ne sont pas d’ordre sexuel ; comme la cruauté physique, apparemment souvent sadique, perpétrée en particulier par les Christian Brothers et quelques nonnes et qui étaient la norme dans ces institutions. Le principal effet sur les quelques victimes avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler, a été de les pousser à quitter l’Église.

 

Nous avons à plusieurs reprises soulevé la question de ces violations lors des sessions plénières du Conseil des Droits de l’Enfant des Nations Unies, grâce à l’IHEU, ce pendant une période de trois ans. L’une de ces violations était indiscutable : l’absence de rapport quinquennal fourni par le Saint-Siège ; il manquait quelque chose comme 10 années. Ils en déposèrent finalement un, je pense pour répondre à la pression exercée, et le Comité des Droits de l’Enfant a examiné ce rapport, comme il le fait pour chaque État membre.

 

Environ six mois plus tard, en janvier de cette année, les représentants du Saint-Siège ont été eux aussi contre-interrogés en public. Ils cédaient encore peu de terrain, ignorant ou évitant beaucoup de questions et de demandes émanant du Comité. Le Comité a ensuite publié ses conclusions, qui étaient très critiques. Celles-ci ont fait l’objet d’une publicité spectaculaire et sans précédent à travers le monde.

 

Le plus choquant de tout cela, c’est que le Vatican a refusé d’accepter sa responsabilité sous quelque Convention que ce soit, pour les activités de l’Église à travers le monde, essayant de prétendre de manière grotesque qu’il s’agissait d’une organisation totalement distincte sur laquelle il n’exerçait aucun contrôle. Les représentants du Vatican refusèrent les demandes répétées du Comité d’avoir accès aux bases de données contenant les accusations d’abus cléricaux, qui sont soigneusement centralisées au Vatican sur ordre du Pape. Ce refus en lui-même était une violation de chacune des Conventions.

 

L’attitude des Papes

 

La grande question est de savoir si le nouveau et souriant pape François veut lancer des procédures à l’encontre de ceux qui ont commis des abus et même de savoir s’il en a la possibilité ? Une autre explication consiste à dire qu’il y a tellement à perdre à être transparent sur le passé qu’il ne pense pas que ce soit possible, ou que ses collègues ne l’autoriseront jamais à faire cela.

 

Il a désigné une commission pour examiner les cas d’abus sexuels, mais il n’a aucune autorité. Pourquoi a-t-il besoin de prendre des avis alors que le Comité des Nations-Unies lui a donné les principales étapes à suivre, ce qui relève du bon sens ? Mon premier réflexe est d’écarter cela et d’y voir un exercice de relations publiques et/ou une tentative de restreindre toute investigation future qui pourrait être effectuée en interne derrière des portes closes.

 

Conclusions : ce que nous devons faire

 

Il y a quelque chose d’encore plus important que d’obtenir justice pour les abus passés, c’est de faire tout ce qui est possible pour que cela ne se reproduise pas dans le futur. Nous devons encourager nos propres pays et la communauté internationale à faire pression sur le Vatican et sur l’Église catholique à travers le monde pour rapporter aux autorités civiles locales toute suspicion d’abus sexuel sur des enfants et aussi exiger que les bases de données du Vatican soient rendues publiques.

 

Et il y a quelque chose que nous pouvons tous accomplir dans notre propre pays et cela n’a rien à voir avec les Nations-Unies ou spécifiquement avec l’Église catholique. Je pense que la mesure la plus simple et la plus efficace est de faire adopter des lois à travers le monde définissant comme un crime le fait de ne pas divulguer aux autorités civiles des soupçons raisonnables ou des preuves pertinentes d’abus sur des enfants ; la destruction ou la non divulgation de ces dernières devraient constituer également un crime.

 

Peu de pays au monde ont adopté un système de notification obligatoire. Cela permet au Vatican de dire que l’Église doit suivre les lois locales en vigueur, sachant que dans la plupart des cas, le fait de ne pas rendre compte de ces problèmes n’est pas contraire à la loi. Les Nations-Unies ont fait pression sur l’Irlande pour qu’elle introduise une telle législation. Comme prévu, cette dernière a décliné cette demande.

 

Mais le climat est en train de changer, ici au Royaume-Uni. Nous sommes en train d’examiner tout cela. Il y a moins de deux ans, j’ai appris d’une source autorisée que des fonctionnaires haut placés ont écarté l’obligation de rapport de tels faits en toutes circonstances. Ils ne donneront jamais officiellement la raison, mais il est clair qu’ils pensaient qu’une telle loi allait aboutir à submerger les cours de justice et les services sociaux pour enfants. C’est une justification épouvantable. Plus les cours et les services sociaux seront submergés, plus le problème sera important et plus le besoin d’un tel rapport se fera sentir. Il apparaît maintenant que les premiers refus d’approbation du rapport obligatoire ont été émis par des officiels inquiets du fait qu’une telle loi pouvait les impliquer eux-mêmes.

 

Nous devons nous assurer que la loi soit aussi efficace que possible. Évidemment elle devra s’appliquer à ceux qui sont dans les institutions, les hôpitaux et en contact professionnel avec des enfants. Mais cela pourrait aussi être plus large : il y a des preuves évidentes de célébrités ayant abusé des mineurs à la BBC, ce qui aurait été impossible sans éveiller les soupçons parmi le personnel, aucun n’a rapporté cela, sans doute par peur des représailles ou par crainte de perdre leur travail. L’obligation de rapporter augmentera la probabilité de tels rapports et limitera les abus eux-mêmes.

 

Alors, je conclurai en vous demandant de faire tout ce que vous pourrez dans vos pays respectifs pour attirer l’attention sur cela et pour que de telles lois soient adoptées.

 

Conclusions du IVe Congrès de l’AILP pour une Commission d’enquête internationale sur les crimes des Églises

Nous avons entendu au cours de cette matinée, placée sous la Présidence conjointe d’Antonio Vergara, de David Silverman, de Fernando Lozada, et de David Gozlan, l’exposé introductif de notre ami Keith Porteous Wood. Puis, nos amis Nina Sankari de Pologne, Maria Mantello d’Italie, Francisco Delgado d’Espagne et Fernando Lozada d’Argentine ont indiqué clairement les problèmes dans leurs pays respectifs.

Aujourd’hui, il est clair que les crimes de l’Eglise catholique ont une portée internationale. Il ne lui est plus possible de se cacher derrière les arbres de la confession et de la discipline ecclésiastique pour cacher la forêt de ses abominations.

Elle devra rendre des comptes. Devant le scandale de ce qui s’est passé en Irlande, des questions ne cessent de surgir. Notamment, comme l’a informé la Libre Pensée française du rôle de certaines Congrégations religieuses. La Congrégation Notre-Dame du Bon-secours est une congrégation française, plus précisément qui a son siège à Paris. Bon-Secours-Generalat est le siège social de la Congrégation Internationale du Bon-Secours situé dans la Maison Mère au 28 rue Notre dame des Champs dans le Vème arrondissement. C’est elle qui a créé le Centre catholique de Tuam, en République d’Irlande, où l’on a découvert en mai 2014 des corps d’enfants. Les recherches d’une historienne ont mis en lumière la mort, par malnutrition ou mauvais traitements, entre 1925 et 1961, de ces enfants qui seraient au nombre de 796.

Le Vatican essaie d’interdire les recherches sur les embryons surnuméraires et elle s’indigne que ce soit un assassinat. Il a eu moins de scrupule pour couvrir du manteau de Noé la mort bien réelle de ces 796 enfants et nouveau-nés.

 

L’Association internationale de la Libre Pensée propose de constituer :

  • une commission internationale d’enquête pour faire la lumière dans chaque pays, sur chaque continent de la réalité des crimes de l’Eglise catholique.
  • De reprendre à son compte la proposition du BECLP, en date du 28 juin 2014, d’une Commission internationale indépendante en République d’Irlande

Elle propose à toutes ses associations membres de constituer une commission nationale d’enquête dans leur pays, en associant des personnalités, des responsables connus pour leur indépendance afin de mener cette enquête, sous la forme qu’elles souhaiteront et la plus appropriée pour que toute la lumière soit faite.

Elle propose à toutes ses associations membres de constituer une commission nationale d’enquête dans leur pays, en associant des personnalités, des responsables connus pour leur indépendance afin de mener cette enquête, sous la forme qu’elles souhaiteront et la plus appropriée pour que toute la lumière soit faite.

Elle leur demande de faire un rapport écrit et de désigner une personne pour siéger à la Commission internationale d’enquête qui aura pour charge d’étudier ces rapports, de les rendre publics, et de prononcer, lors d’une séance officielle internationale, la sentence que les libres penseurs du monde entier adresseront solennellement au Vatican.

Christian Eyschen, porte-parole de l’AILP

 

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